22/ Élias de Bonpassant – Gueule de bois

DanielBorovi

Il tombe des cordes, j’ai un mal de tête carabiné et le moral assorti au ciel bas… Heureusement qu’Élias est revenu. Pendant qu’il fait la grasse mat’, et puisqu’il fait trop moche pour bosser dehors, je me suis replongé dans mon herbalurius, ou jardin de simples. C’est mon projet en cours qui me tient le plus à cœur. Je veux faire comme les moines, au Moyen-âge, regrouper au même endroit des herbes médicinales, condimentaires et aromatiques. Je considère mon travail qui s’étale sur la grande table du salon, croquis, notes manuscrites, livres, sorties imprimante d’images trouvées sur le Net… Je me suis mis debout pour avoir une vue d’ensemble. Les choses commencent à se préciser. Le sujet m’intéresse depuis l’époque où ma copine Nathalie, qui est maintenant la meuf de Samy, était partie à Nantes pour ses études. J’étais allé la voir là-bas, et elle m’avait fait visiter le jardin de simples du parc des Ondines. Suite à ça, j’ai cumulé quelques connaissances sur le sujet et pris l’habitude de cultiver des plantes aromatiques pour maman, en plus du cannabis pour mes petites affaires, mais je n’imaginais pas qu’un jour j’aurais l’opportunité de me lancer dans la composition d’un vrai jardin médicinal.

Je n’ai encore rien planté – je voulais commencer aujourd’hui, mais bon, vu le temps… –, en revanche, le terrain est prêt. J’ai choisi un coin dégagé près de l’ancienne chapelle, ou plutôt de ce qu’il en reste, un morceau de mur écroulé à demi caché par du lierre et des lauriers. S’il y a eu un jardin de ce type à Bonpassant, il y a des siècles, je suis sûr qu’il était situé là, autour du puits, qui du coup en est le centre. Je le sens. Élias m’a dit que c’était en effet fort probable. Je l’ai conçu circulaire, divisé en quatre comme un gâteau. J’ai préparé le terreau, marqué la délimitation des parcelles avec des rondins de bois coupés dans la longueur et tracé les chemins séparateurs. Pour l’instant ceux-ci sont en terre tassée, mais j’aimerais, à terme, y mettre un gazon ras et serré comme celui d’un golf. Pas de graviers, pas de pierres. Je tiens à ce qu’on y déambule sans faire un bruit, comme il se doit dans un lieu de méditation. Enfin, ça, je m’en occuperai en dernier. Dans un premier temps, je vais replanter les espèces courantes que j’ai déjà à ma dispo dans le domaine, comme la sauge, le thym, la mélisse, le romarin, la lavande, la menthe, la camomille ou les soucis… À l’occasion d’une discussion sur le sujet avec elle, Amanda m’a appris qu’elle allait justement se spécialiser dans la phytothérapie durant l’année qui vient. Autant dire que ce chantier la motive autant que moi. Elle m’a aidé à établir le plan, sur papier, du futur contenu de chacune des parcelles. Elle m’a indiqué comment regrouper les espèces en fonction de leurs vertus thérapeutiques. Pour m’y retrouver, j’ai également préparé les étiquettes avec leur nom latin et imprimé leur photo. J’ai besoin de visualiser les choses. J’en rêve même la nuit tellement je suis à fond.

La grise Luciole, depuis qu’elle attend des petits, a cessé de se montrer timide avec moi. Maintenant, c’est l’inverse : elle me scotche autant que le blanc Klepto. Lui dort en boule sur le canapé, entre deux coussins… Elle, étalée en bout de table, relaxe, me regarde écrire, griffonner mes schémas ou me perdre dans les bouquins botaniques qu’Élias m’a prêtés. Il suffit que je lui parle pour qu’elle ronronne. J’ai même l’impression qu’elle me sourit. Parfois, je ne résiste pas à l’envie de plonger mes doigts dans sa magnifique fourrure vaporeuse. Élias pense qu’elle a fait son choix : selon lui, elle mettra bas ici, au Pavillon… La minette, ouvre soudain tout grand ses yeux vert pâle et tourne vivement la tête en direction de l’escalier. La seconde suivante, Yin et Yang jaillissent de leur couche et s’élancent dans les premières marches à la rencontre de leur maître. Quand on ne se lève pas ensemble, c’est toujours eux qui ont la primeur de sa première caresse… Morpheus, lui, est resté avec Amanda. Tee-shirt et caleçon gris, cheveux humides, pieds nus, ainsi frais et peu vêtu, mon amoureux vient à moi. Je ne m’habituerai jamais à l’émoi que sa seule vue provoque en moi. J’en reste sans voix. On se sourit en guise de salut. Il contourne la table et vient m’enlacer par derrière. Il me fait un bisou sur la tempe, puis me pose son menton sur l’épaule. Son parfum me chavire.

— Tu aurais pu me réveiller.

— Il n’y a pas écrit réveille-matin sur mon front.

— Et ronchon avec ça… fait-il en me chatouillant le cou avec ses lèvres.

— J’ai la gueule de bois.

— Ça ne t’empêche pas de bosser dur à ce que je vois, fait-il en me lâchant pour voir de plus près ce qui se trouve sur la table.

Avec son index, il glisse l’une des étiquettes vers lui sur le bois patiné de la table.

Trigonella foenum-graecum… Tu vas donc nous faire pousser du fenugrec*?

— Bravo. Je vois que tu es incollable.

Tanacetum vulgare*, Coriandrum sativum*, Cichorium intybus*… Très bien, très bien… Syzygium aromaticum… C’est facile à faire prendre sous nos latitudes, ça, tu crois?

— Facile, non, je ne pense pas. Mais je ferai ce qu’il faut, on verra bien. J’aime bien l’idée de faire ma propre récolte de clous de girofle. Et je mettrai les trucs les plus tropicaux en pot, de toute façon, comme ça on pourra les rentrer l’hiver.

— Bonne idée. Illicium verumIllicium verum… Heu…

— J’ai oublié d’imprimer la photo. C’est le badianier de Chine.

— Ah, l’anis étoilé! Excellent, s’enthousiasme-t-il. Et si tu as des graines rares à trouver, tu sais où te fournir?

— Je pensais les commander sur Internet, mais figure-toi que Fred a un pote qui connaît un mec fondu de botanique et collectionneur de plantes rares. Bon, le type en question fait surtout dans les plantes grasses, à la base, mais apparemment il sait où se procurer n’importe quelle espèce. Donc, si je peux me mettre en contact avec lui, je devrais trouver par son intermédiaire.

— Il ne s’appellerait pas Francis Nadalys ton collectionneur?

— Si.

— Je suis passé par lui pour certains spécimens de la serre. Comme tous les pros que connaît Fred, il est sérieux. Tu peux y aller les yeux fermés.

— OK. Cool.

— Ça va être beau tout ça

— Ouaip, j’espère. Amanda m’aide. On a déjà réfléchi au classement ensemble, dis-je en lui montrant les croquis préparatoires des quatre parcelles. Tu savais, toi, qu’elle voulait devenir phytothérapeute?

— Bien sûr. Je pensais qu’elle t’en avait parlé.

— Ben non, c’est venu dans la conversation par hasard, en fait.

— Sa dévorante passion pour les plantes sauvages, quand on se balade avec elle, ne t’avait pas mis la puce à l’oreille?

— Je croyais que c’était un hobby, sans plus.

— Eh non. Elle possède un savoir de naturaliste. Et elle connaît les principes actifs naturels d’un nombre impressionnant d’espèces.

— Clairement, elle m’a tué. Elle sait même comment les préparer.

J’ai soudain envie de sa bouche, alors je la lui prends. Il est chaud et réceptif. C’est toujours excessif et envoûtant d’embrasser Élias, et risqué. Mais, je ne peux plus démarrer correctement une journée sans ce geste.

— Je te prépare un café?

— Je m’en occupe, fait-il en se dirigeant vers la cuisine. Je t’en fais un aussi?

— Non, merci, j’en ai déjà bu trois.

Il s’arrête et se retourne, étonné.

— Tu es levé depuis quelle heure?

— Je ne sais plus… Le jour se levait. J’avais les box des chevaux à faire.

— Ça fait donc des heures que tu travailles. Tu sais quoi? Ça mérite que je te fasse des crêpes.

— Tu ferais ça? dis-je, sentant mon estomac se réjouir.

— Ah, ah! Tu verrais ta tête! Mais quel gourmand! Je m’y mets même tout de suite. Propose à Amanda de venir nous rejoindre.

— Pas la peine. Elle est à Valence avec ses copines. Elle m’a dit de te dire qu’elle emmenait Morphy avec elle.

— OK.

Voilà une excellente idée pour conjurer un jour de pluie. La cuisson ludique au son réjouissant, l’odeur délicieuse, la dégustation… Je le suis à la cuisine. J’aime tellement l’avoir sous les yeux, le mater, le désirer. J’ouvre la fenêtre sur le bruit de la pluie. Les fragrances des fleurs, de la verdure et de la terre détrempées me submergent. Le rosier grimpant, spectaculaire, donne des roses à profusion. Alourdies de gouttes, elles courbent leur tête rouge sombre. Une fois son café coulé, il s’attelle à la préparation de la pâte à crêpes. Puisqu’il décline mon aide, je vais m’asseoir dans l’épaisse embrasure de la fenêtre, comme j’en ai pris l’habitude, pendant qu’il s’active aux fourneaux. Il verse la farine, casse les œufs, ajoute le lait, la bière. Heureusement que je n’ai pas bu toute la réserve… De là où je suis, il est de dos. La perfection de ses jambes me captive, leur aplomb, leur musculature, leur pilosité brune et légère dont j’aime la douceur. Je les caresse d’un regard ascendant, pieds, chevilles, mollets, cuisses… Fatalement, j’en viens à m’attarder sur son cul… Son cul parfait… J’irais bien lui prendre ses belles fesses rebondies à pleines mains, là, tout de suite, comme un sauvage. Je me demande ce qui me retient. J’admire sa taille, son dos, ses épaules, ses bras – ses bras dont j’aime tant la  ferme étreinte –, coule mes yeux amoureux sur sa nuque et sur ses cheveux. Ah, ses beaux cheveux noirs disciplinés que j’aime tant décoiffer… Puis je refais le cheminement sensuel en sens inverse. Je ne savais pas qu’on pouvait désirer autant quelqu’un. C’est simple, je ne peux plus me concentrer sur une partie de son corps sans que des idées me viennent. J’en ai carrément le cœur qui s’emballe… Bon, stop. Si je continue à le reluquer comme ça, je ne vais pas réussir à rester sage. Je m’arrache à ma contemplation pour me concentrer sur la beauté des tilleuls voilée par le rideau de pluie. Il pleut comme au jour de mon arrivée.

— Quand ça tombe, ici, ça ne fait pas semblant. Quel déluge…

— D’après les prévisions météo, ça ne va pas s’arranger avant demain. Il y a peu de chances que tu puisses faire quoi que ce soit dehors aujourd’hui. Comment s’occuper, seuls, enfermés ici, mm? fait-il, l’œil coquin.

— Tu veux dire, à part en se gavant de crêpes? dis-je en riant.

Il s’est tourné vers moi pour boire son café. Il a de la farine sur les doigts. Je sais qu’il sait que j’ai envie de lui. M’exposant son regard brûlant et un début d’érection fort visible, il ne fait rien pour me cacher que c’est réciproque. Mon mal de tête passe, mon sang bouillonne. C’est clair que si on n’avait pas aussi faim, on serait déjà en train de s’ébattre sur le canapé, dans la pièce à côté. Mais, chaque chose en son temps. Il repose sa tasse vide, et retourne à son mélange. Très bien. À mon tour de le mettre à l’épreuve. Je le rejoins et l’enlace, comme il m’a fait tout à l’heure, et pendant qu’il fait fondre le beurre à feu doux, je lui palpe les côtes et les abdos, l’embrasse dans le cou, et me colle à lui de manière à ce qu’il ne puisse ignorer mon excitation.

— Tu comptes écrire, aujourd’hui?

— Sauf sursaut d’inspiration foudroyant, je ne pense pas, non. Mon séjour à Lyon m’a vidé. On n’a pas arrêté. J’ai besoin de décompresser un peu. Tu me chatouilles, beau renard.

Mais, comme il ne me dit pas d’arrêter, je n’ôte pas mes mains. Au contraire, je m’en vais les glisser sous son tee-shirt, sur sa peau, progresse insolemment jusqu’à son sein.

— Jérôme doit être content. Tu as réussi à terminer à temps.

— Oui, il est soulagé.

Il touille la pâte liquide à l’aide d’un fouet. Elle est parfaitement homogène.

— Tu as le truc. Avec moi ça fait toujours des grumeaux.

— Le secret, c’est de mettre du liquide chaud, eau ou lait, ou les deux.

— Tout simplement?

— Tout simplement. Tiens, apporte-moi la crêpière au lieu de m’embêter. Elle est dans le placard à ta droite, en bas.

Je déniche la grande poêle plate. Il la met à chauffer à feu vif, s’en va farfouiller dans un tiroir et en sort une louche.

— Tu ne laisses pas reposer?

— Pas la peine, fait-il en s’emparant de la poêle. Et j’ai trop faim, décrète-t-il en y versant d’un geste leste de quoi faire la première crêpe.

On les fait sauter chacun son tour. Comme on n’a pas le même style, chacun essaie de convaincre l’autre qu’il s’y prend mal. Ça vire au fou-rire. N’empêche, malgré quelques rattrapages périlleux, on n’en rate pas une seule. Une fois qu’on en a une douzaine, on sort de frigo et placards tout ce que l’on trouve de salé ou de sucré pour les agrémenter, et on s’attable. Alors qu’on parle du jardin en se régalant, Élias m’annonce soudain qu’il voudrait que je reste à l’issue de mon contrat, fin octobre. J’en avale de travers.

— Je t’ai surpris ? s’étonne-t-il en venant me tapoter dans le dos pour m’aider à me reprendre.

— Un peu, oui… J’avais fini par me dire que tu ne me le demanderais jamais.

— Alors ? fait-il, anxieux.

— Je ne peux plus me passer de toi, évidemment que je vais rester.

Oh, ce sourire qu’il me fait! Je savais que ce moment arriverait, mais je ne pensais pas que j’en ressentirais une telle joie et un tel soulagement.

— Par contre, un truc important, je me débrouillerai pour trouver un autre job. Je ne veux pas rester ton employé.

— Bien sûr, je comprends.

On est heureux. Je suis heureux. Je crois que le nœud de mes angoisses vient de se défaire. Qui l’eût cru, un jour de pluie? Un jour de gueule de bois?

— Tu t’es mis de la confiture, remarque-t-il en m’essuyant le menton.

Je retiens sa main, mû par le besoin irrépressible d’avoir un peu de lui en moi… Il me regarde introduire son pouce entre mes lèvres, et me laisse le lui sucer, subjugué. Je m’applique. Le désir change son visage. Moi, je bande grave. L’instant d’après, on est debout, lèvres jointes, corps étreints. Le goût de framboise sur sa langue m’inspire. J’avise justement un petit pot de miel de pays esseulé, là-bas, sur le plan de travail. J’y pousse Élias, l’y coince, mon bel Élias à ma merci, dans un état déjà bien plus qu’émoustillé lui aussi… Ainsi, la partie commence.

Après nos préliminaires sucrés dans la cuisine, il m’entraîne au salon et s’offre à moi sur le canapé. On ne fait pas long feu. Or, jouir une fois ne nous suffit pas. On grimpe donc à l’étage, investir la chambre. J’y allume trois bougies pour réchauffer la grisaille – ça fait sourire Élias – et, puisqu’il pleut dehors, puisque, pour une fois, rien n’interfère ou ne nous presse, on remet ça en prenant tout notre temps. On savoure chaque geste, chaque regard, à la recherche commune de l’emmêlement idéal, et on le trouve, complices. On s’accorde des entractes, on se dit combien on s’aime, qu’on a une chance folle de s’être rencontrés, qu’on ne se quittera plus… Au-delà de ce qu’on a pu connaître ensemble jusqu’ici, on arrive à prolonger interminablement ce stade éprouvant et merveilleux où l’on ne fait qu’un. On ne baise plus, on communie. Lorsque l’extase longuement repoussée nous libère enfin, on en reste stupéfaits, muets, KO. Bercé par le bruit de la pluie, bienheureux dans l’odeur adorée de mon amant immobile, je me fais surprendre par le sommeil.

Quand je m’éveille, j’ai froid. Élias n’est plus là, les bougies sont éteintes et le drap a glissé par terre. La pluie tombe toujours mais moins fort. Je trouve qu’il fait sombre. La vache, pas étonnant, il est dix-huit heures trente. Ça veut dire que j’ai dormi des plombes. Moi qui voulais avancer sur l’herbalurius

Après un tour à la salle de bains, je m’habille et descends au rez-de-chaussée. Élias et Amanda discutent autour d’un joli service à thé de porcelaine. Entre eux deux, dans l’angle du canapé, Luciole, Klepto et Izo, dorment collés les uns aux autres. Les trois chiens, quant à eux, somnolent non loin sur le tapis. En dehors de mon bordel sur la table qui n’a pas bougé, la pièce est rangée et le ménage fait. Élias est habillé comme un lord anglais, gilet sans manches, gris à petits carreaux, boutonné sur chemise anthracite, cravate et chaussettes bordeaux, pantalon noir, chaussures de ville… Bizarre. Je suis tellement occupé à le boire des yeux que j’en oublie de lui demander pourquoi il s’est sapé avec autant d’élégance. En m’approchant d’eux, je m’interroge. Est-ce qu’un jour je me sentirai appartenir à ce monde cossu, ce monde confortable où chaque chose semble à sa place. Je bise Amanda sur la joue, Élias sur la bouche, et fais comme les chats : je me colle à lui. Je lui reprocherais bien de ne pas m’avoir réveillé, mais je ne peux pas. Je sais déjà ce qu’il me rétorquerait, et il aurait raison. Bien fait pour moi. Je replie mes jambes sous moi, cale ma tête à l’angle de son cou. Il me passe son bras autour des épaules et me dépose un baiser dans les cheveux.

— Ce que vous êtes beaux, ensemble, déclare Amanda en penchant la tête avec une moue attendrie.

— Vous parliez de quoi?

— Je te laisse lui annoncer, fait Élias à l’adresse de la belle.

Du coup, je me redresse pour la fixer, curieux et inquiet. Mais son beau sourire me rassure, ce sourire d’autant plus éclatant dans son teint chocolat, ce sourire radieux qu’elle a hérité de sa mère. Elle semble également très émue.

— J’attends un bébé, m’annonce-t-elle.

— Oh? Sérieux?

— Ça ne se voit pas encore beaucoup, je sais, remarque-t-elle en posant une main sur son ventre.

— Félicitations, dis-je en jaillissant de mon refuge pour aller lui faire un gros câlin.

Elle sent bon le bonheur. Prisonnière de mes bras, elle est pliée de rire. Pourquoi je me sens si heureux pour elle? Pour elle et pour Tristan. D’ordinaire, ça me laisse froid l’annonce d’une future naissance. Là, je ne sais pas ce qui me prend, mais ce bébé, j’ai déjà envie de le voir grandir.

— La naissance est prévue pour quand?

— La première semaine de décembre. J’attendais le cap des trois mois pour vous l’annoncer. On ne l’avait dit qu’à nos parents respectifs. Il ne me reste plus qu’à l’apprendre à Yonas et à mes amis.

— Je suis super content pour vous.

— Merci, fait-elle touchée. On n’avait pas vraiment prévu que ça arrive aussi tôt. On voulait se marier avant… Et, bon, avec le lancement du resto et ma dernière année d’étude, ça ne va pas être évident. Enfin… On s’organisera.

— Mais, bien sûr. Et on sera là. Vous êtes entourés, dit Élias.

Je reviens me lover contre lui. Je ne sais pas si c’est d’avoir si merveilleusement fait l’amour cet après-midi, ou bien d’avoir dormi, ou encore la joie palpable d’Amanda, mais je me sens différent, comme agréablement vulnérable, un peu affaibli, et dans un état d’esprit de pur amour. Je me dis que Bonpassant est décidément un lieu magique où ne germent que de bonnes nouvelles.

— Ah, ça y est, c’est confirmé, s’exclame Élias en regardant son téléphone. On retrouve Jérôme et son invitée au restaurant, dans trois quarts d’heure.

— Hein? Tu me mets au parfum?

— Figure-toi que je vais rencontrer ce soir une personne avec qui je veux travailler depuis longtemps. Ça n’a encore jamais pu se faire, et là, je suis trop content. Le nom de Lucie Leiry t’évoque-t-il quelque chose ?

— Heu… Non.

— Mais si, voyons, Lucie Leiry, intervient Amanda, tu as forcément lu ses classiques quand tu étais petit. «Guillemette, la souris verte», «Ludo, le crapaud», «La fée terrible et la belle sorcière», ça ne te dit rien ?

— Non.

— Bref, cette remarquable artiste et moi-même avons un projet commun de livre pour enfants. J’ai écrit des contes qui lui ont plu et qu’elle a envie d’illustrer. Ça fait longtemps que Jérôme essaie de nous goupiller un rendez-vous sans y arriver, et là, hasard, elle se trouvait dans la région. Ça s’est organisé, là, en live, cet après-midi. Cette journée me plaît, décidément, conclut-il, souriant.

— Mais tu veux que je vienne?

— Bien sûr. J’allais te réveiller quand j’ai entendu la douche.

— Moi aussi, j’y vais. Je veux absolument rencontrer cette dame! lance Amanda, les yeux brillants. D’ailleurs, je vous abandonne, les garçons. Il faut que j’aille me préparer.

Elle nous laisse, s’en retourne sous son parapluie se faire belle au château. Pourquoi est-ce que je ressens cette soudaine et sombre colère?

— Tu as l’air contrarié, ça va? s’enquiert Élias, à qui rien n’échappe.

— Je ne peux pas venir avec vous ce soir. Je n’ai plus de sous.

— Aucune importance, je t’invite.

— Je ne veux pas que tu m’invites.

— Justin…

— C’est toujours toi qui payes, c’est humiliant, à la longue. On en a déjà parlé.

— C’est vraiment dommage. Tu vas rater une belle rencontre, je t’assure.

— Je m’en fous de cette madame Lucie. Ma mère ne m’endormait pas avec de jolis contes, quand j’étais gamin, figure-toi. En plus, j’imagine que Jérôme sera des vôtres.

— Oui, évidemment. Non seulement c’est lui qui organise la rencontre, mais c’est mon éditeur, je te rappelle.

— Je ne peux pas l’encadrer, ce mec.

— Je sais, soupire-t-il avec lassitude. Bon, écoute, fais comme tu veux. Si tu préfères passer ta soirée seul ici, après tout, tant pis pour toi. Hier encore, tu me reprochais de t’écarter de ma vie professionnelle… Il faut savoir ce que tu veux. J’ai du mal à te suivre, parfois.

Il scrute mon silence buté, s’approche, me touche le visage avec douceur.

— Hey, chéri. Est-ce que tout va bien?

— C’est seulement que j’en ai ras-le-cul d’être fauché.

— Quelque chose m’échappe. Tu es nourri, blanchi, logé, tu ne fumes pas… Comment fais-tu pour dilapider ton salaire aussi vite?

— C’est simple, j’en file la moitié à ma mère, dis-je avec réticence. Je lui rembourse une dette.

— Oh… Très bien… Ceci explique cela.

Son regard aux ténébreuses et vertigineuses profondeurs me sonde. Je m’y laisse basculer.

— Tu n’es pas heureux avec moi, n’est-ce pas? constate-t-il tristement.

— Je t’aime, dis-je. Tu n’y es pour rien. C’est moi… C’est moi le problème.

— Tu veux qu’on en parle?

— Je ne saurais pas par quoi commencer, c’est trop confus. Laisse tomber, va… Ne t’inquiète pas pour moi. Ça passera.

Je reste donc seul en compagnie de chiens et chats. Je range mes paperasses, j’essaie de réfléchir de manière constructive. J’ai menti à Élias. J’aurais suffisamment d’éléments d’éclaircissement, maintenant, pour être en mesure de lui parler de mon mal-être sans buter sur chaque mot, mais une appréhension me retient. Même s’il va mieux, je n’oublie pas combien il est fragile. Il se la joue protecteur et sûr de lui, en ce moment, parce que ses succès lui donnent de la force – et notre liaison également, je veux le croire –, mais je doute encore qu’il supporte d’entendre ma peine actuelle sans se sentir remis en cause. C’est hyper délicat… En même temps, je me dis qu’il serait bon que ça sorte.

Lorsqu’il rentre, vers minuit, je me trouve sur le canapé, assis en tailleur, en train de masser le dos de Luciole. Ses ronrons me déstressent. J’ai la tête vide d’avoir trop pensé à moi et à mes problèmes d’ego à la noix, et je ne suis pas plus avancé.

— C’était sympa?

— Oui. Je suis content. On va faire un livre ensemble, c’est officiel. Et un beau!

— Cool.

— Tu as mangé?

— Oui, je me suis fait les crêpes qui restaient.

Il vient s’asseoir à côté de la belle maine coon. On la gratouille tous les deux. Puis, sa main caressante dévie sur mon bras.

— Tu as l’air déprimé.

— …

— Tu sais les affres que j’ai traversées, Justin. Je serais peut-être en mesure de t’aider si tu acceptais de te confier un peu.

— Il n’y a pas grand chose à dire… Ce qui ne va pas, c’est que je ne suis pas de ton monde. On n’y peut rien ni toi ni moi.

— Mon monde?

— Ta classe sociale, ton éducation, ton confort, ta culture… Ton succès.

— Je vois… Ce qu’on vit ensemble ne te suffit pas à passer outre ces détails?

— Je le croyais, mais apparemment non, dis-je tristement. Et désolé, mais ce ne sont pas des détails.

— Explique-moi en quoi ce ne sont pas des détails au regard des sentiments qu’on partage.

— Bien sûr que ce qu’on partage est plus important que n’importe quoi d’autre, mais désolé, le fait que tu sois tout le temps réclamé à droite et à gauche a des conséquences bien réelles sur nous – en tout cas sur moi. Tu t’absentes quand même super souvent, et un peu sans prévenir. Derrière, moi, je reste comme un con… Attention, ce n’est pas un reproche, je sais que tu ne peux pas faire autrement, et je ne te le demande pas. Seulement, à la longue… Plus je t’aime, plus ça me fait souffrir de rester en plan, comme ça, à chaque fois. Si j’avais ton niveau de vie, je te suivrais, j’adorerais, mais bon, ce n’est pas le cas. Et ce qui me fait flipper c’est que ça ne le sera peut-être jamais. Bon, après, voilà, hein, c’est mon problème.

— Ça devient le mien aussi si tu souffres. Rien ne t’oblige à donner cette importance à l’argent, chéri. C’est un faux problème puisque j’en ai assez pour nous deux.

— Arrête avec ça. Je ne veux pas que tu m’entretiennes.

— T’entretenir ! Les grands mots !

— C’est comme ça. J’ai beau être un looser, j’ai encore ma fierté.

— Tu m’épuises avec ta vision manichéenne des choses, soupire-t-il. La vie est longue… Une situation peut se renverser n’importe quand. Mon expérience me l’a suffisamment appris. Rien ne dit que demain ce n’est pas moi qui me trouverai dans le besoin et toi qui me soutiendras. Ma situation matérielle actuelle est privilégiée, c’est vrai, et peut-être enviable, mais elle est due à des concours de circonstances et à la chance bien plus qu’à mon mérite. Ce n’est pas quelque chose que j’ai recherché à tout prix.

— Je sais…

— Et, de toute façon, ce n’est ni le confort matériel ni le succès qui me rendent heureux.

— J’en ai conscience, mais n’empêche, ça fait un gros décalage entre nous.

— Justin… Il est dans ta tête ce décalage, nulle part ailleurs.

— Peut-être, mais je n’y peux rien, et ça me plombe de ressentir ça.

— Qu’est-ce que je pourrais dire ou faire qui puisse te convaincre que tout ceci est sans importance? On dirait que tu ne vois pas ta valeur ni ce que tu apportes aux autres. C’est fou, ça. Crois-moi, tu possèdes des qualités autrement plus précieuses qu’un compte en banque bien garni ou une notoriété qui, au fond, ne signifie rien. Tu aimes la vie, tu as plein d’idées, tu es courageux, généreux, empathique… Tu inspires l’amour… Ça ne s’achète pas ces choses-là!

— Tu ne te rends pas compte. J’admire ton parcours incroyable, et, tout ce que je vois c’est que je ne t’arrive pas à la cheville.

— Tu te trompes! s’impatiente mon amoureux.

Je me remets à flatter le cou soyeux de Luciole. La minette ferme les yeux, s’abandonne. Elle est si magnifique. Tout en l’admirant, je réfléchis à ma vie, je me la remémore…

— Moi, il faut le voir mon parcours: banal, nul à chier… Un parcours de glandeur. On ne peut même pas parler de parcours. La seule chose, à la rigueur, que tu pourrais m’envier c’est que jamais je ne me serais laissé approcher par un prédateur sexuel quand j’avais dix ans. C’est vraiment le seul truc. Tu parles d’une gloire… Vu le nombre de connards libidineux que ma mère a ramenés chez nous quand j’étais gamin, je peux te dire que je m’étais fait une protection en béton. Le type qui aurait voulu me toucher l’aurait regretté. J’étais une vraie teigne. Tu aurais vu ça. – La minette, en extase, se laisse aller sur le dos pour que je continue à la malaxer. – Naître pauvre, au moins, ça te permet de te rendre compte vachement tôt que la vie est dure et les autres dangereux… Enfin, je sais que je t’ai déjà soûlé des tas de fois avec ça… Toi, c’est clair, tu évoluais dans un milieu hyper protégé, et rien ne t’a préparé à…

Je m’interromps à la milliseconde où je pose à nouveau mon regard sur mon interlocuteur. Il est livide et ne me regarde plus. Il fixe le vide. Il a l’air loin, si loin. Depuis quand ne m’écoute-t-il plus? Comme j’admirais la minette, j’ai loupé le moment où il a décroché.

— Élias?

Zéro réaction. La panique me gagne. Je lui pose la main sur l’épaule.

— Hé ho. Tu es avec moi?

En même temps qu’il se dérobe à mon contact, il semble revenir à lui. Il me considère comme s’il me reconnaissait à peine. Il est autre.

— Doudou, qu’est-ce que tu as? Dis quelque chose.

Toujours épouvantablement pâle, sans se dérider, il se met debout. Je me lève avec lui, suspendu à son visage. De fines perles de sueur brillent à son front, sa respiration me semble oppressée. Ça y est, je sais. Il me fait une crise de spasmophilie. À tous les coups c’est ça. Je n’imaginais pas que ça pouvait lui tomber dessus comme ça, de manière aussi brutale.

— Hé, ça va aller?

— Il faut que j’aille prendre l’air.

Alors, il me tourne le dos comme ça, sans me calculer, et sort de la maison. Nom de dieu, mais qu’est-ce qui se passe? La situation m’échappe complètement. Je ne comprends rien. Tout était normal, et la seconde d’après tout bascule. J’ai un moment d’absence avant de me mettre à lui courir après. La pluie s’est muée en bruine légère. La température est plus chaude que dans la maison, les grillons chantent, la végétation dégage puissamment ses saines fragrances. Les luminaires du jardin diffusent leur lueur froide dans cette ambiance brumeuse.

— Élias!

Il ne répond pas, s’éloigne d’un pas rapide. Je me mets à lui courir après.

— Attends-moi!

Il ne ralentit même pas.

— T’en va pas, enfin! Où tu vas comme ça? dis-je en le rattrapant.

Sans brusquerie, je l’oblige à stopper sa marche et à se tourner vers moi. Il n’y a ni amour, ni colère sur ses traits, il n’y a plus que la fêlure inquiétante de l’abattement.

— Dis-moi ce qui se passe. C’est un truc que j’ai dit? C’est moi? J’ai fait quelque chose?

— J’ai seulement envie de marcher.

— Comme ça? Tout à coup? Mais… Il est minuit passé, et il flotte à moitié.

Mais il repart déjà. Je le rejoins aussitôt. Je sens qu’il ne faut plus que je le touche. Je marche avec lui, à sa hauteur.

— Tu n’as pas l’air bien. Je t’accompagne.

— Non. J’ai besoin d’être seul.

— Élias, enfin… Au moins, dis-moi ce qu’il y a, insisté-je.

Il pile, me dévisage. La réponse que j’attends et redoute, alors, s’inscrit dans ses prunelles et dans son silence, mais je n’ose la comprendre. Il me semble avoir devant moi l’Élias égaré d’il y a trois mois, l’Élias que je réveillais dans la serre, et que je sortais d’un cauchemar… On n’y voit pas bien à cette heure nocturne. Je me trompe forcément.

Il se détourne et reprend sa marche. Cette fois, je ne le retiens pas, je ne l’appelle pas. C’est inutile. J’essaie de toute la force de ma volonté de minimiser le sentiment de catastrophe qui m’étreint et me provoque des palpitations. Il va marcher.… Très bien. Il va marcher et me revenir apaisé, et tout rentrera dans l’ordre. Il m’expliquera qu’il a eu une de ses crises d’angoisse, que celle-ci est passée, que ça va mieux… Il me rassurera, m’embrassera. Ça se passera comme ça. J’en suis sûr. Pourquoi, alors, cette horrible impression de perte et d’irrémédiable? Pourquoi mon bonheur se dérobe-t-il sous mes pieds alors que, les bras ballants et le cœur retourné, je le regarde s’en aller? Je le suis des yeux jusqu’à ce que sa silhouette embrumée disparaisse, engloutie par l’ombre noire des arbres centenaires.

 Photo: ©DanielBorovi

 23/ Élias de Bonpassant – L’au-revoir

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16 réflexions sur “22/ Élias de Bonpassant – Gueule de bois

  1. La compulsion, le tourbillon des paroles rejetées par notre cerveau et notre cœur perturbé sont souvent des diamants noirs qui rayent le miroir d’une âme fragile et sensible, il suffit d’une rayure , parfois, et la douce circonvolution de son bien-être fiche le camp et se délite …..jusqu’à disparaître…..Oh,Justin….à faire des fixettes sur le corps d’Elias, tu as négligé ton équilibre personnel……vos pas de funambules dépendent tellement l’un de l’autre , vous êtes si proches, si amoureux…..
    Quel bonheur de trouver les « simples » mises en exergue dans ton roman, je les étudie et les aime infiniment depuis l’adolescence…..battre la campagne et découvrir des merveilles …..discrètes, parfois, ou alors ostentatoires comme les épilobes…..les regarder sous toutes les coutures, les respirer ou les éloigner selon l’odeur😏 et découvrir leur vertu ou leur toxicité……
    Bon, accrochez-vous les garçons, votre auteure va bien vous trouver une astuce pour vous raccrocher au fil solide mais mouvant de votre Amour…..car, s’il est une chose dont on est sûr, c’est que vos sentiments ne sont pas une simple inclination, mais une histoire d’amour, de celle qui lie à jamais ……s’il en est!!!
    Des Bibi………..tu es quand même super coquine de nous laisser sur notre faim……💕💕🦊

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  2. Comme d’habitude je suis heureux de cette lecture et en colère contre julien !
    je ne comprends pas son égoïsme son comportement schizophrénique !
    Voilà un garçon qui après beaucoup d’erreurs se retrouve dans un endroit idyllique qui lui permet de faire éclore ses talent, qui trouve l’amour avec un beau garçon (car c’est sa véritable nature, qui déclare  » quand on fait l’amour, on ne baise plus on communie  » !
    Et qui après une si belle réflexion, impose à son Amant un discourt de reproches et de plainte sur son pauvre sort de Pauvre, incapable de mesurer la chance qui lui échoit, capable seulement de pleurer sur son sort alors qu’il sait l’homme qu’il aime encore fragile !
    j’espère qu’Elias saura reprendre le dessus et Julien comprendre et s’amender pour qu’ils dans la sérénité cet Amour si pure et si profond !
    Félicitation pour faire passer autant de choses de la vraie vie, dans cette histoire qui pourrait être une guimauve ou ne pornographie et que ton talent et ta sensibilité
    Transforme en une véritable histoire d’Amour et de passion

    on devrait rendre obligatoire sa lecture à tous Adolescents gays

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    • Oui, à 26 ans, notre bon Justin fait encore preuve d’un manque de maturité certain. Sa relation avec Elias lui apprend beaucoup sur la vie, sur les autres et sur lui-même. Et ce n’est pas fini !
      J’adore la dernière phrase de ton commentaire ! 🙂

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  3. Ce que je vais dire est complétement idiot et on s’en fout mais si j’avais eu envie de mon homme pendant que je mange des crêpes, j’aurais sans doute tout laissé en plan sans réfléchir et sans aucun doute que mon chat, lui, aurait tout bouffé ! Oui c’est la réflexion qui m’est venue :p

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  4. C’est quand même incroyable !!! Élias parle d’amour de sentiments profonds et sincères et Justin piétine dessus en réduisant tout cela à une histoire d’argent…de biens matériels qui ne représentent rien alors vraiment rien à côté de l’histoire qu’ils vivent. C’est tout à fait normal qu’il veille s’épanouir professionnellement et être capable de subvenir seul aussi à ses besoins mais en attendant que se soit le cas, Élias lui propose une alternative qu’il balaie d’un revers de main par des arguments plutôt maladroits qui ont dû faire certainement mouche (vlan prends ça dans les dents !!!) dans la tête d’un mec qui s’est fait abuser dans son enfance avec tout ce qui s’en est suivi après…je crois maintenant qu’il va devoir un peu grandir dans sa tête et trouver les bons mots pour renouer un début de dialogue avec Élias.

    J’attends la suite avec impatience 😀
    Bon weekend de Pentecôte à bientôt 🙂

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    • Pas si incroyable, hélas, quand on est un peu trop centré sur soi-même… 😦
      Justin vient de dynamiter la sérénité d’Élias par pure maladresse, et Élias n’est pas bête, malgré le choc suscité par ses mots irréfléchis, il sait bien que « son beau renard » n’a pas voulu le blesser, mais voilà, un traumatisme peut se réveiller de manière fulgurante, comme une douleur soudaine et cuisante, une douleur tétanisante, dès lors qu’une parole malheureuse le réactive…
      À ce stade, je les plains tous les deux, car le seul fautif est ce prédateur qui a fait tant de mal à Élias vingt ans plus tôt.
      La suite bientôt !

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  5. Au début, j’ai pensé que le discours défaitiste de Justin était sans conséquences. Mais quand il s’est mis à parler de son passé et de son blindage face à d’éventuel prédateurs psychopathes, j’ai aussitôt compris qu’il avait commis « The » boulette. C’est une manière indirecte de reprocher à Elias le fait qu’il n’ait pas su se protéger malgré son milieu favorisé.

    Et la conséquence ne se fait pas attendre : Elias se fige littéralement sur place et fait une grosse crise d’angoisse. Il perd littéralement pied et ne peut plus se reposer sur son compagnon pou revenir parmi les vivants. Et Justin n’a plus qu’à s’en prendre à lui-même, bien qu’il ne sache pas encore pourquoi.

    Là ils vont clairement traverser une grave crise et il faudra trouver le moyen de recoller les morceaux.

    Bon week-end à toi ma chère ! 🙂

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    • Eh oui, THE boulette, comme tu dis !!

      Justin n’a pas le sentiment une seule seconde de lui reprocher quoi que ce soit. Coincé dans sa logique stérile de comparaison entre lui et Élias, il essaye simplement de trouver ce qu’il a de plus que lui et il ne voit que cela : il s’est endurci et armé très tôt contrairement, croit-il, à son amoureux qui, lui, a grandi dans le confort et l’insouciance. Là où il se plante c’est que s’il avait croisé le chemin d’un prédateur charismatique et manipulateur comme l’Alexandre qui a gâché l’enfance d’Élias, il serait peu-être lui aussi tomber dans le panneau…

      Il est clair que cette énorme maladresse de sa part remet soudain beaucoup de choses en question.

      Merci d’être passé ! 🙂

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  6. Voilà un chapitre plus horticole et botanique que jamais. Les astérisques après les binômes latins, c’est pour renvoyer aux noms français, j’imagine… En tout cas, cela tient bien la route.
    Sinon, le Justin, on a envie de lui coller une baffe, et ce même si Élias n’avait pas de fragilité particulière… Il a encore des progrès à faire…
    Voilà qui est très bien vu, bien amené, bien fait, agréable à lire. Merci pour toutes ces pages de lecture et bonne continuation. Et j’espère que tu vas du mieux possible de ton côté. A bientôt.

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