26/ Élias de Bonpassant – Complétude

porte_fenetre_bois_menuiserie_scami_partner_0

La fenêtre ouverte en grand sur la nuit tiède laisse passer sa symphonie de parfums verts exacerbés par une énième averse. Il est tard mais je n’ai pas sommeil. Je suis au téléphone avec Élias. Il me dit qu’il regarde Paris de nuit en me parlant, assis sur le lit pas encore défait. Il est descendu dans le même hôtel que lorsqu’il est revenu de Californie, et on lui a donné la même chambre. Je le visualise bien, du coup. Ce que je ne donnerais pas pour l’y rejoindre d’un claquement de doigts! Il me reparle de la Bretagne, de sa grand-tante, de la vie à la ferme… J’ai du mal à le suivre. À poil dans mon lit, je ferme les yeux pour mieux me bercer de son timbre chaud qui me trouble. Je pense que je serais tombé amoureux de lui rien qu’en entendant sa voix… À sa demande je lui raconte plus en détail comment j’ai découvert les chatons nouveau-nés lovés contre Luciole, un blanc, un roux et deux gris comme elle, ce matin, en descendant au rez-de-chaussée, après ma douche. La minette a choisi la couche de Yin pour abriter sa portée. Je vais les regarder dès que j’ai cinq secondes. Je fonds devant ces mignonnes petites choses poilues, aveugles et vulnérables.

— Yang doit partager son panier avec son frère, maintenant. Tu verrais comment ils sont intrigués par les bébés les petits pères! Trop craquants, quoi! Morphy, lui, est plutôt en mode gardien. Il veille sur eux.

— Hé, hé! Je les imagine, mes lascars. Et la minette s’en sort? C’est sa première portée.

— Oui, écoute. Elle est hyper aux petits-soins et n’a pas de problème pour allaiter. Je passerais des heures à les observer.

— En tout cas, si elle a choisi cet endroit pour élever ses petits, c’est qu’elle s’y sent en absolue sécurité.

— C’est clair. J’ai envoyé des photos à tout le monde, à ta mère, à la mienne et à mes potes… Ma copine Noémie et sa meuf, Maya, m’ont demandé s’il était possible d’en adopter un. Elles étaient hystériques au téléphone! Je leur ai répondu que je verrai ça avec toi.

— Oui, bien sûr, on ne va pas tous les garder. Par contre je fais toujours connaissance avec les gens à qui je donne un animal. C’est ma règle. Il faudra donc qu’elles viennent à Bonpassant dans un mois ou deux.

— OK. Tu les vends ou tu les donnes?

— Je les donne à l’adoption. Je ne demande que les frais vétérinaires, vaccination et puce électronique, et la garantie de continuer à recevoir des nouvelles de l’animal de temps en temps.

— Je leur transmettrai. Elles vont êtes folles. Tiens, Amanda m’a expliqué que c’est elle qui est chargée de baptiser les bêtes qui naissent à Bonpassant…

— En effet. C’est pour ainsi dire une tradition.

— En tout cas, elle prend sa mission hyper au sérieux, hé hé. Tu sais qu’elle a appelé le petit rouquin « Newt » ?

— Oui, elle m’a prévenu. C’est un hommage à « Alien, le retour », c’est le nom de la petite fille que sauve Ripley.

— Oui, je sais. Pourtant, je crois que ce petit roux est un garçon…

— Bah, Newt c’est mixte.

On parle encore de chiens et de chats, puis je l’interroge sur sa journée de dédicaces à Paris. Il me dit qu’il a tellement signé de bouquins qu’il en a attrapé une ampoule à l’annulaire. Il m’avoue que, même si c’est gratifiant, voir tant de monde l’éprouve beaucoup et qu’il a hâte de retrouver le calme de Bonpassant et la douceur de mes bras. Je caresse ses lèvres et son visage en pensée, et mon ventre frissonnant dans la réalité… Je me figure son visage, ses baisers…

— Ça me rappelle nous, cette chambre, soupire-t-il. Ton absence physique me pèse, ce soir, ajoute-t-il.

— …

— Allô?

— Ça alors… Tu me dis ça pile au moment où je me faisais la réflexion que je donnerais ma vie pour pouvoir te toucher, là, maintenant. Ça m’a fait drôle.

— J’hésitais à te le dire, mais… Oui, il faut que tu le saches: je commence à lire dans tes pensées.

— Déconne pas, je serais capable de te croire! Tu serais trop déçu, si c’était vrai.

— Je t’aime, soupire-t-il.

— Rien que d’entendre ta voix, ça me… Je suis chaud, là, je te dis pas.

— Pareil… Bon, parlons d’autre chose, alors. On se fait du mal. Dis-moi, ça se passe bien avec Ida?

— Oui, nickel. Elle est perfectionniste, j’aime ça. Elle m’a aidé à tailler les cônes de buis du parterre central et puis, on a mangé ensemble le midi, avec Amanda. Ça m’a tué, elles sont devenues copines en trois minutes.

— Hé, hé, ça ne m’étonne pas.

— Elles ont parlé écologie, phytothérapie, plantes qui soignent, plantes qui nourrissent, plantes qui émerveillent… En les écoutant, je me suis senti ignorant puissance dix.

— Tu exagères. Tu n’as pas conscience de ton bagage.

— Non, je t’assure. Je sais que dalle, en vrai… J’aurais vraiment besoin d’être guidé, de rencontrer des gens passionnés et instruits comme elles, des enseignants et des professionnels capables de me transmettre leur savoir. Je voudrais recevoir un enseignement solide et vivant, tu vois? Apprendre à lier la théorie et la pratique. J’en ai marre de me paumer seul dans mes bouquins. Je ne suis pas fait pour être autodidacte. Enfin, bref… Donc, après le repas, Ida est venue me dire, toute gênée, qu’elle devait y aller, que le samedi elle allait dans sa famille avec son père. Je suis tombé des nues… J’avais complètement zappé qu’on était samedi. Mais en vrai, c’est de ta faute.

— De ma faute? Ah bon? fait-il, amusé.

— Ton absence m’oblige à être un forçat seize heures sur vingt-quatre. Il n’y a que comme ça que je tiens. Si je m’arrête, je rumine, je pense à toi qui me manques tellement. Je deviens dingue.

— Justin…

— C’est vrai, je t’assure. Je n’y peux rien. Enfin voilà, j’avais carrément oublié qu’il y avait le week-end. Je me suis excusé et, bien entendu, je l’ai libérée. Ça l’a bien fait rire de voir à quel point je suis à l’ouest, en tout cas…

— Et sinon, tu as un peu regardé du côté des écoles?

— Oui, j’ai commencé. Je pense en appeler dès demain, mais, bon, en plein mois d’août, je risque de n’avoir personne. Je vais déjà refaire mon CV pour qu’il tienne la route, et une lettre de motivation. Mais bon, ça risque d’être laborieux. Je suis une quiche en rédaction…

— Je t’aiderai, si tu veux.

— T’es un cœur, mais ça me ferait mal de te faire perdre du temps avec ça.

— Mais… Enfin, Justin, puisque je te le propose! s’agace-t-il. Je n’ai rien à faire de plus important dans ma vie actuellement que de t’aider à trouver ta voie.

— Wow… Merci…

— Je suis sincère.

— Je sais… Il ne faut pas m’en vouloir. C’est que je n’ai tellement pas l’habitude de compter sur les autres… Ida aussi m’a dit qu’elle me donnerait un coup de pouce. Vu qu’elle fait ses études dans ce domaine, en plus…

— Hé bien tu vois. Tu n’es pas tout seul, chéri. Elle sera sans doute plus efficace que moi pour trouver les mots adéquats. Je suis content de voir que l’idée fait son chemin. Je t’imagine parfaitement faire carrière dans cette filière. De nouveaux métiers liés à l’environnement naissent sans arrêt. C’est un domaine en pleine mutation et, par la force des choses, tourné vers l’avenir. Tu ne risques pas de t’y ennuyer.

— Oui, plus j’y réfléchis, plus je me dis que c’est là que je m’épanouirai professionnellement. En plus, il y a tellement d’options possibles. Je m’en suis encore mieux rendu compte aujourd’hui, au salon Tech&bio de Valence.

— Ah oui, c’est vrai, j’avais oublié. C’était intéressant alors?

— Grave! Fred a discuté semences et matériels avec d’autres pros, Mathilde a assisté à une conférence sur les financements et les certifications, et Amanda a squatté au stand des plantes médicinales. En les suivant, j’ai appris plein de trucs. Et puis, j’ai laissé traîner mes yeux et mes oreilles partout, pris un paquet de notes. Je te dis pas aussi le nombre de prospectus et de cartes de visite que j’ai ramassés! Tout le monde a été content de sa journée. Le seul truc encore flou, pour moi, je te dis, c’est de savoir par quelle porte entrer dans ce labyrinthe…

— Tu trouveras. Ne t’inquiète pas. Et tu y es déjà plus que tu ne le crois.

— Et sinon, tu sais quand tu rentres, alors?

— Oui, mardi, en fin de matinée.

— Rhaa… Encore deux nuits et une journée et demie sans toi…

***

Le lendemain, lundi, le temps est à la flotte et au vent. De lourds nuages nuancés de dizaines de tons gris défilent depuis ce matin, ne laissant percer que de micro-éclaircies. J’aime bien cette météo. Après ces jours d’implacable ensoleillement, ça fait du bien.

Il est dix-sept heures. Puisqu’il pleut trop pour continuer dehors et qu’on a les crocs, Ida et moi nous sommes posés à l’intérieur avec un jus de fruit, du pain et de la confiture, une confiture de figues hyper bonne que Mathilde confectionne elle-même, la meilleure que j’ai jamais mangée de ma vie. On se sustente en planchant sur ma lettre de motivation. Elle relit le brouillon que j’ai pondu à l’aube, à la va-vite. J’ai jeté les idées sur le papier comme elles me sont venues. Tout est à reformuler et à réordonner. J’observe ma jeune collègue. On a parlé de mes connaissances, de mes expériences pros, de mes points forts et de mes points faibles, et là, elle synthétise. Elle fronce un peu les sourcils en écrivant sur un bloc-notes tout neuf. Elle est vraiment choute avec son petit nez en trompette et sa bouche jolie comme une fraise. Moi je bouffe. Je la laisse se concentrer, reconnaissant.

La journée est passée hyper vite, et je m’en réjouis. Si toutes les minutes qui me séparent d’Élias pouvaient filer comme des secondes, ça serait génial. Sentir approcher le moment de nos retrouvailles m’excite comme une puce. Avant l’arrivée d’Ida, entre six et neuf heures du mat’, je suis passé en mode hyperactif. En plus de mon brouillon de lettre, j’ai fait tourner deux machines – vu le temps, j’ai été obligé de tout étendre au château, dans la lingerie –, puis me suis lancé dans un ménage approfondi. M’étant un peu laissé aller sur ce dernier point, ces temps-ci, ça commençait à urger sévère. Pour finir, j’ai même eu le temps, entre deux averses, de faire un tour avec les chiens. J’ai aussi regardé Luciole toiletter ses petits. C’est fou tout ce qu’on peut faire en trois heures quand on veut.

Et, donc, Ida est arrivée. On a pris le café ensemble pour commencer en douceur, et on s’est rendus à la serre. La beauté luxuriante de l’endroit crépitant de vie végétale et animale l’a beaucoup impressionnée, comme tous les gens qui le découvrent pour la première fois. Elle m’a aidé à éclaircir les plantes aquatiques. On y a été tranquillou, en douceur, comme Élias m’a montré il y a quelques semaines. Les plantes se plaisent tellement qu’elles grandissent à la vitesse grand V. Si on n’y veillait pas, il n’y aurait plus un centimètre carré de libre pour les sept poissons. À un moment, un grand papillon noir et bleu hyper beau est venu se poser sur le front d’Ida. Elle n’a plus osé bouger tant qu’il était sur elle, et elle louchait pour essayer de l’apercevoir… J’ai regretté de pas pouvoir prendre une photo. J’étais plié. J’ai ri, mais ri ! Je n’en pouvais plus. Du coup, elle aussi…Une fois notre mission accomplie, on a passé pas mal de temps dans la remise vitrée attenante au garage, là où j’entrepose mes boutures et mes semis. On y a fait du tri, du rempotage et du nettoyage. On a profité d’une accalmie pour repiquer du romarin, de la sauge et de la consoude dans le jardin de simples qui s’étoffe doucement. Et, pour l’heure, nous voici à l’abri, à table, au milieu des papiers et des miettes de pain. On a laissé la fenêtre grande ouverte pour le plaisir d’entendre tomber la pluie. Pendant qu’Ida a la gentillesse de me consacrer son temps, j’en profite pour regarder d’un peu plus près les documents que j’ai ramenés du salon agricole. J’ai de la lecture en perspective!

— Tiens, voilà Élias.

Contrairement à moi, Ida se trouve face à la fenêtre et voit donc tout ce qui se passe dans le jardin, autrement dit, dans mon dos. En une fraction de seconde, je vérifie qu’elle est sérieuse – aucun doute, elle l’est – et me dévisse la tête pour suivre son regard. C’est lui. C’est bien lui. Un peu caché sous un grand parapluie blanc, tout de gris vêtu, il referme la clôture et s’en vient vers nous. Je me lève si brusquement que je manque d’en faire tomber ma chaise. Même les chiens, qui étaient pépères en train de roupiller, ne comprennent rien à ce qui se passe. Ce n’est que lorsque j’ouvre la porte de la maison qu’ils s’élancent à ma suite, bondissants sous la pluie tout comme moi. Élias ne me capte qu’une seconde avant que je lui saute au cou. J’y vais tellement fort qu’il doit faire un pas en arrière pour encaisser le choc.

— Tu m’as fait peur! s’exclame-t-il en assurant son équilibre.

Je l’étreins, le serre, retrouve le bruit de son souffle, sa chaleur, le parfum de ses cheveux, le contact de sa barbe sur ma peau… Les chiens le fêtent, mais je ne lui laisse pas la possibilité de leur prêter attention. Ils nous tournent autour en agitant la queue, avides que leur maître leur accorde une parole, un regard ou une caresse. Qu’ils attendent. Il est à moi et à moi seul, en cette minute. Moi d’abord. Je ne veux plus jamais le lâcher. Il rit de mon élan fou, et sans doute puéril, et me rend l’étreinte aussi fort que sa main droite encombrée du parapluie le lui permet. Mon émotion est torrentielle. Je me mets carrément à pleurer, mais sans bruit. On reste ainsi sous la pluie, joue contre joue, immobiles.

— Hé, tu vas finir par m’étouffer, rigole-t-il en parvenant enfin à me décoller un peu de lui.

Je me résous à dénouer mes bras de son cou. Mon affolement est tel que je ne sais plus si je dois m’emparer de sa bouche, le boire des yeux ou lui dire quelque chose. Il me caresse le visage, voit mes larmes, mais ne dit rien. Il me sourit et me contemple. On est bien, là, tous les deux, à l’abri de la toile imperméable sur laquelle tambourine la pluie. Ses yeux m’enveloppent de sa force intérieure, de sa fragilité et de son amour. Heureusement qu’il ne me demande pas de marcher immédiatement, parce que je crois que mes jambes ne m’obéiraient pas. Des excuses et des mots doux se bousculent dans ma gorge, mais je n’arrive pas à en prononcer un seul. On s’embrasse. On en ferme les yeux. Notre amour est intact. Différent, peut-être, mais intact. Ce baiser scelle nos retrouvailles et m’apaise.

— Tu es en avance.

Voilà tout ce que j’ai la présence d’esprit de lui dire quand je récupère enfin la faculté de parler. Je me sens bête de lui sortir un truc aussi naze. Mais bon, après tout, puisque ça le fait rire… Il me passe la main dans les cheveux, laisse errer un instant son regard amoureux sur mon front, ma bouche, mes yeux, et soupire d’aise. Mon état de bouleversement le laisse serein. Lui aussi est très ému, mais différemment. Il me fait penser à ces vieillards qui ont connu trop de guerres et de deuils pour avoir encore la force de ressentir démesurément…

— Justin, tel qu’en toi-même… Je savais que tu apprécierais la surprise.

— Ça fait longtemps que tu es là? Je n’ai pas entendu passer la voiture…

— Loïc m’a déposé au château il y a une demi-heure. Il m’a tenu un peu la jambe pour me dire que Jérôme et lui se séparent… Il aurait pu m’en parler durant le trajet, mais non, il ne s’est décidé que là, alors que j’avais hâte de te retrouver. Il est déprimé. J’ai bien été obligé de l’écouter.

— Je comprends.

On s’embrasse à nouveau. Nos langues renouent. On se laisse aller. Il m’emmène loin. Je me mets à bander, mais alors, quelque chose de bien. Punaise… Les baisers d’Élias… Ils sont la clé de toutes mes portes et de tous mes verrous, ils ouvrent tout mon être. Oh oui, j’en veux encore! J’en voudrais jusqu’à l’ivresse…

Quand on s’en retourne enfin à la maison, Ida, l’air troublé, les mains dans les poches de sa salopette, nous attend dans l’entrée. Elle se tient toute droite au pied de l’escalier, juste à côté de Luciole et de sa portée. Élias a tout juste le temps de lui faire la bise avant d’être rattrapé par l’amour impérieux de ses chiens. De sa voix et de ses mains caressantes, il les calme. Il s’accroupit pour regarder les chatons nouveau-nés et flatter le beau minois de Luciole. Je ne peux plus détacher mes yeux de lui, comme si j’avais peur qu’il disparaisse à nouveau. En réalité, je n’en reviens pas qu’il soit là. J’espère qu’Ida va comprendre qu’elle doit s’en aller. Je compte sur sa perspicacité… Malheureusement, comme toujours, Élias se contrôle admirablement. Bien mieux que moi, c’est un fait. J’ai la conviction qu’il est tout aussi impatient que moi qu’on se retrouve seuls. Seuls et nus. Seuls, nus et emmêlés. Pourtant, il discute avec elle comme si de rien n’était, comme si nos corps n’étaient pas en alerte incendie. Et vas-y que je te demande des nouvelles de ton père – mais qu’est-ce qu’on en a à faire d’Igor Vladen, sérieusement? On pourrait voir ça un autre jour! – et vas-y que je t’interroge sur tes études… Je me mords l’intérieur de la joue et croise les bras. Oh, putain! Voilà qu’elle lui parle de la serre, maintenant. Je meurs… Il lui explique comment il procède pour la reproduction des papillons… La discussion dure et dure. Dehors, la pluie se fait fine et légère… Je me consume en silence dans un brasier nommé désir. Enfin, elle enfile son poncho imperméable. On la raccompagne jusqu’à la grange, là où elle a laissé sa bicyclette. Ils papotent encore un peu pendant que je bouillonne à feu vif… Elle nous dit « Bonne soirée. À demain pour le boulot, Justin ». C’est ça, c’est ça, à demain. Va-t’en, jolie fille. Laisse-nous nous retrouver.

Debout côte à côte, on la regarde s’éloigner dans l’allée, passer sous le platane, atteindre la barrière… Arrivée là, elle se retourne pour nous faire un dernier coucou, auquel on répond en chœur. L’exaltation éclate dans mon cœur quand elle franchit enfin la clôture et que le petit « clac » du loquet qui se referme résonne. Elle enfourche son vélo et disparaît derrière le mimosa. À peine est-elle hors de notre vue qu’on s’enlace. Nos gestes sont identiques. On est le reflet de l’autre. Retourner à la maison ne nous effleure pas. On reste dans la tiédeur de l’abri vaste qui sent bon la paille et la terre battue. Je le pousse contre la pile de bottes la plus proche. C’est dément comme nos corps s’attendent, s’attirent, se veulent. Il m’entraîne un peu plus loin à l’intérieur, peut-être pour ne pas prendre le risque qu’on nous surprenne… La pénombre est agréable. Notre hâte nous rend maladroits. Ça nous fait rire. On s’embrasse sans cesse. Il m’ôte mon haut, je défais les boutons de sa chemise, on se presse peau contre peau… Je ne saurais dire ce qui me chavire le plus: le parfum de son épiderme ou la tension de son sexe sous ma paume. Ses iris sombres pétillent quand je m’agenouille à ses pieds. Je défais sa ceinture, puis sa braguette. Je me surprends à me pourlécher en dévoilant l’agressive beauté de son érection. Je lui offre la douce pugnacité de ma bouche sans compter. Je perçois sa joie jusque dans ses soupirs de plaisir. J’aurais donné ma vie, ces huit derniers jours, pour entendre cette musique-là. Ses doigts se crispent dans la paille, derrière lui, puis dans mes cheveux. Son ventre soyeux se creuse, ondoie… Il vacille, me murmure sa satisfaction. Je suis déchaîné, avide de lui. À tel point que, lorsque l’orgasme le foudroie, je le garde, l’accueille, le bois. J’en ressens une joie indescriptible, une ivresse inédite. J’ai à peine à me frôler pour me libérer moi aussi. Je n’ai même pas eu la présence d’esprit de me dessaper un minimum. Tant pis…

— Je ne sais pas si c’est moi qui délire ou quoi, mais je trouve que tu as encore meilleur goût qu’avant, lui dis-je.

La remarque le fait sourire. Il me relève. J’ai le tournis. Lui aussi a l’air un peu sonné. J’adore.

— C’est sans doute parce que je ne me suis pour ainsi dire nourri que de fruits, en Bretagne.

— Ça a un rapport, tu crois?

— Bien sûr.

— Donc, plus tu manges de fruits, plus tu es… fruité?

— C’est ça!

On se lance dans un long baiser qui nous rappelle combien on est encore affamés l’un de l’autre.

— Tu m’as tellement manqué. Tu n’imagines pas ce que j’ai pu me…

Il me pose l’index sur les lèvres pour me faire taire. Il a raison. Cette manie que j’ai de parler de mes angoisses après le sexe, c’est dingue. C’est un vieux reste de ma vie avec Laurène, ça… Il attire ma langue à nouveau sur la sienne, m’envoûte. Il fait les choses avec une telle douceur… Une nouvelle poussée de fièvre m’oblige à lui répondre de manière sans doute excessive. Mais, ô bonheur, il aligne son ardeur à la mienne. Et ça repart. On est en flammes à nouveau. S’il le veut, je suis prêt à continuer là, à même le sol. J’ai envie de lui violemment, et de toutes les manières. Il me couve des yeux, capte mon vertige…

— « Le baiser est la plus sûre façon de se taire en disant tout ». Guy de Maupassant.

— Joli… Élias, tu sais, je… Je m’en veux…

Il laisse aller sa tête en arrière, l’air contrarié. Ça me fait taire direct. Deux fois la même erreur en une minute. Non, mais ce que je peux être relou parfois. Le besoin de lui faire mon mea culpa me démange et interfère avec la douce folie de l’instant. C’est énervant. Je ravale mes mots. Je saurai attendre. On a plus urgent à faire. Comme je ne poursuis pas, il me considère avec gratitude. Dans son teint pâle, ses joues sont roses, ses lèvres plus rouges. C’est à cause du plaisir. Ça lui va bien. On se retire mutuellement les brins de paille pris dans nos cheveux. Je ramasse mon tee-shirt, lui rattache son pantalon, mais pas sa ceinture, puis on s’en retourne ainsi débraillés à la maison, main dans la main, sous la pluie. On monte à l’étage et on se laisse tomber sur mon lit pour s’y enlacer sans prendre la peine de se déshabiller. On s’en va retrouver notre océan de volupté. Je le tiens, me frotte à lui, possessif. Il apprécie. Des envies folles me viennent, une inspiration étonnante. Je lui enlève ses fringues, et les miennes, dans la foulée. Je m’en vais lui faire des trucs qui, encore hier, m’auraient fait craindre d’être maladroit ou même nul. Or, là, l’énergie qui passe entre nous me porte littéralement. J’y vais sans hésiter, concentré, comme si j’avais fait ça toute ma vie. Je n’ai qu’un but en tête: l’enchanter. Il se laisse aller béatement. Ça lui plaît grave, et à moi aussi. Bientôt, il me réclame en lui, m’exige. On retourne à nos sommets idéaux avec aisance, au rythme heureux de mes reins. On s’y essouffle, on s’y éprouve infiniment… J’avais oublié comme ça le rend beau de s’offrir. Ou peut-être ne l’avais-je jamais remarqué de manière aussi lumineuse. J’y vais franchement, voluptueusement, je ne me précipite pas. On se murmure des douceurs crues. Notre fébrilité rend le plaisir électrique, dangereux… On change de position une fois, deux fois, trois fois, pour éviter de mettre le feu aux poudres prématurément… Lorsqu’il me possède à son tour, la tension est à son comble. Je me rends compte que c’est de cela dont j’avais le plus envie. Là aussi, je me vois faire des gestes qui ne m’auraient pas effleuré avant, comme de me coller des coussins sous le ventre pour plus de confort. Je me donne à lui mieux que je n’ai jamais su le faire jusqu’ici. Ou bien, peut-être est-ce lui qui se montre davantage jusqu’au-boutiste, délicieusement jusqu’au-boutiste… Je ne sais pas… Je ne sais plus rien que la violence du plaisir. Mes prières essoufflées le guident. Nos ralentissements sont aussi bons que nos emportements. Il nous maintient au bord du basculement jusqu’à des extrémités inouïes. J’en perds la tête. Même à la fin, quand ça devient déchaîné, je ne bride pas ma voix. Je veux qu’il entende mon affolement, qu’il sache mon bonheur. La détonation de l’orgasme me surprend par sa puissance et nous laisse, je crois, aussi abasourdis l’un que l’autre. Pendant que je redescends du septième ciel, il me semble qu’une pléthore d’entraves insoupçonnées libère mon cœur. Comme je l’espérais, notre osmose retrouvée est aussi ma délivrance. J’en laisse couler quelques larmes heureuses… Encore… Je me demande quand même ce que l’amour d’Élias remue comme ça en moi pour que j’en arrive à chialer aussi souvent. Pire qu’un môme en bas âge. Enfin, lui, ça le fait sourire. Il les boit au passage, en embrassant mon visage.

On a du mal à atterrir. Je suis sur le dos, lui allongé sur moi. Je vénère son poids qui me comprime. Longtemps encore, on garde nos lèvres, nos regards et nos corps épousés. Quand la sueur s’évapore et nous fait frissonner, Élias tire le drap sur nous et se cale plus confortablement contre mon flanc. Je me sens divinement bien, et, pour le coup, je ne sais même plus pourquoi j’ai versé une larme ni ce que j’avais de si urgent à lui dire tout à l’heure. On a tout exprimé physiquement, le plaisir a tout réglé. Dans ses bras, je suis à ma place.

— C’est surprenant comme à chaque fois tu es à fleur de peau, après avoir joui, remarque-t-il.

— Tu exagères de dire « à chaque fois ». Toi aussi, ça t’arrive d’être dans tous tes états, après. Souviens-toi, au début.

— C’est vrai, admet-il. Il faut dire qu’à ce moment-là, il fallait que j’accuse le coup. Ton arrivée dans ma vie a transformé toute ma tectonique intérieure.

— Élias, sérieux, arrête de parler comme un écrivain.

— Non, mais, c’est vrai. Je ne saurais pas mieux dire.

— Ça veut dire que je te bouleverse moins, alors, maintenant?

— Ce qu’on vient de faire répond à la question, il me semble, non?

— Je te taquine.

— Tu me perturbes moins. Nuance.

— Ça, c’est une bonne chose.

— En effet. Qu’est-ce que tu voulais me dire, tout à l’heure, au point que ça ne puisse pas attendre?

— Rien… Je voulais seulement te dire en face, de vive voix, que j’étais désolé de t’avoir fait du mal… Mais bon, après ce que tu viens de me mettre, bizarrement, j’en ressens moins le besoin.

— Pff, t’es bête, dit-il en riant. Embrasse-moi.

Le ton est impérieux, doux, irrésistible. Je m’exécute volontiers. Son bonheur fait plaisir à voir. Je ne me souviens pas l’avoir jamais vu si détendu. Il a l’air aussi heureux que moi qu’on se retrouve. Je voudrais l’épouser, ce mec.

— Ça te dit qu’on fasse un tour au jardin? me propose-t-il.

— Il flotte…

— Aucune importance.

— OK, alors. Et je te montrerai la serre. J’ai tout nettoyé. Tu vas voir, ça en jette.

On se lève, on se douche, on s’habille et on sort bras dessus bras dessous. Je me sens délassé, léger… À nouveau, je me sens aimé et complet. La pluie a quasiment cessé et les lourds nuages s’écartent pour laisser passer le soleil. Les arbres gouttent, les fleurs scintillent. C’est tellement beau qu’on en reste cois. Malgré tout, un truc me travaille, un grain de sable qui crisse dans la belle machine… Une petite voix insidieuse me répète « Dis-lui. C’est maintenant ou jamais ». Dois-je lui avouer que j’ai couché avec David? Si ça me travaille, c’est que oui. En même temps, est-ce utile? Il ne le saura jamais. Mais moi oui… Je redoute sa réaction. Pour ma part, je réagirais mal si j’apprenais qu’il a été voir ailleurs.

— À quoi songes-tu comme ça, beau renard? Tu as l’air préoccupé.

Je déglutis. Il n’y a rien à faire. Je ne peux pas lui mentir. Même par omission. On s’arrête dans l’allée de graviers, entre une touffe de digitales fantastiques et des cosmos blancs affaissés sous le poids des gouttes.

— Justin, enfin, dis-moi ce qu’il y a.

— C’est… C’est quand tu n’étais plus là… La semaine dernière. J’ai honte, tu sais, mais j’ai perdu la foi en nous. J’ai cru que c’était fini.

— Vu la manière dont les choses se sont déroulées, je peux le comprendre. Et ça aurait pu se produire.

— Que… Qu’est-ce que tu veux dire? Qu’est-ce qui aurait pu se produire?

— Ça aurait pu se terminer là, nous deux.

— Tu es sérieux?

— Oui.

— …

— Ne me regarde pas comme ça, chéri. Ce type de crise me brise et me plonge dans des affres aux conséquences extrêmement incertaines. Je ne sais jamais dans quel état je vais en revenir. Tout cela est très périlleux. J’aurais pu en ressortir défait de mon amour pour toi. Je l’ai redouté. Ça aurait été le pire cas de figure pour nous. J’aurais également pu avoir besoin de bien plus de temps pour me remettre. Si tu as trouvé le temps long durant ma semaine de silence, imagine si j’avais eu besoin d’un mois ou plus.

— Tu ne m’aurais pas laissé un mois sans un mot quand même.

— Si cela s’était avéré nécessaire, si. En terme d’importance, je classe mon équilibre mental au-dessus de n’importe quoi d’autre, car, sans cet équilibre, point de salut, point de vie, point d’amour possible…

— La vache…

— Ça ne m’étonne pas que tu aies cessé d’y croire. Je ne t’en veux pas, si c’est ça qui t’inquiète. Quand je suis aussi mal, je n’attends ni n’exige plus rien de quiconque. Je suis centré sur moi et  uniquement sur moi. Je suis en mode survie, si tu préfères. Garde en tête que, si une telle épreuve devait se répéter – ce que bien sûr je n’espère pas –, il ne faudra pas t’arrêter de vivre pour autant.

— Oui, mais non, ça ce n’est pas possible. Quand on aime, ça ne se passe pas comme ça… Si tu vas mal, je vais mal. Mais bon… Justement… Puisque tu en parles… À ce propos… Je… Je… La semaine dernière…

La peur me provoque un grand froid intérieur. J’ai un mal fou à m’exprimer. Lui patiente, l’attention fixée sur moi.

— La semaine dernière… Le soir où on était censés aller tous les deux chez David, toi et moi, je… Je m’y suis rendu seul, du coup, et… Ça faisait plusieurs jours que je n’avais plus de nouvelles de toi. J’étais super triste. Tu penses. On a dû boire un chouïa trop… Je suis resté dormir chez lui, et bon… Je… Bref. J’avais besoin de réconfort… On a passé la nuit ensemble. Voilà. Il fallait que je te le dise.

Il digère la nouvelle. Ça n’a évidemment pas l’air de le réjouir des masses, mais ça ne semble pas l’affecter non plus outre mesure. L’amour est toujours là dans son regard. Je ne vois que ça.

— Merci de me l’avoir dit. J’apprécie ton honnêteté.

Comme il n’ajoute rien, je m’affole un peu.

— C’est tout? C’est tout l’effet que ça te fait? Ce n’est pas un footing, hein, qu’on a fait ensemble.

— Qu’est-ce que tu veux que je te dise? Tu veux que je te fasse une scène de jalousie en bonne et due forme?

— Non… Mais… Je ne sais pas… Ça ne te touche pas plus que ça?

Il soupire.

— Je t’ai déjà dit que je n’avais pas une approche de la sexualité très conventionnelle.

— Tu veux dire quoi par là? Que si je te trompe ça ne te fait ni chaud ni froid?

— Ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit. La fidélité est tout de même une preuve d’amour qui signifie encore quelque chose pour moi. Je te rassure. Mais bon… Je considère que ta personne ne m’appartient pas. Et, en l’occurrence, je conçois que tu aies pu être déstabilisé par la coupure brutale que je t’ai imposée, et que tu aies cherché du réconfort de cette façon… Le plaisir sexuel est un bon exutoire. Bon… Voilà. Ce n’est pas moi qui vais te dire l’inverse, hein… Évidemment, je ne vais pas prétendre que ça m’enchante de t’imaginer dans les bras d’un autre, mais je ne vais pas non plus te demander de faire ceinture quand je disparais de ta vie sans prévenir.

— Je me souviens, tout au début, quand je t’ai appris que j’étais sorti avec lui, ça t’avait contrarié bien plus que ça.

— Non, ça ne m’avait pas contrarié, ça m’avait fait mal.

— Mais pas là?

— Ce n’est pas le même contexte, Justin. Là, on s’aime. On se l’est prouvé sur la longueur. On a vécu des choses. Je ne considère pas David comme un danger pour notre couple. Détrompe-moi si j’ai tort.

— Bien sûr que non, il n’est pas un danger.

— Bon. Voilà pourquoi je n’ai pas envie de donner plus d’importance qu’il n’en a à ton écart d’un soir avec lui. C’est plutôt mon instabilité morale que je considère comme le vrai péril pour nous deux… Il y a trois mois, tout était différent. À cette époque, quand tu m’as appris ta relation avec lui, j’ai tout simplement cru que j’avais loupé ma chance avec toi. Je m’en suis énormément voulu. D’autant que c’est là que j’ai compris l’ampleur de ce que je ressentais pour toi.

— Tu sais que tu n’es pas ordinaire, lui dis-je.

Je le prends dans mes bras. Il me serre lui aussi. On s’embrasse et on se sourit. Il est trop bizarre pour moi. Je crois que je ne le comprendrai jamais. Mais ce que je l’aime!

— Je suis très ordinaire, me réplique-t-il. C’est simplement que je ne raisonne pas comme les conventions sociales me le dictent.

— Je suis mal barré, alors.

— Pourquoi?

— Ben… En parlant de convention sociale, il y en a une en particulier, qui me taraude. Une convention qui nous concernerait tous les deux. Mais, maintenant, si je t’en fais part, je vais avoir l’air con.

— Essaie toujours, fait-il mi intrigué mi inquiet.

Je mets un genou à terre, dans les graviers mouillés, et garde sa main dans les miennes. Il comprend aussitôt, stupéfait.

— Bon, normalement, il faut un bijou qui en jette, mais, comme tu le sais, je suis pauvre, donc, pour le moment, tu devras te contenter de mes beaux yeux.

Il s’émeut, passe par dix émotions en une seconde. Il rit, se prend le front. Mince, ses yeux rougissent. Il ne faut pas que je flanche.

— Voilà: Élias, je t’aime. Je t’aime comme je n’ai jamais aimé, et comme je ne pensais pas qu’on puisse aimer. OK, je ne suis pas le meilleur des partis pour un prince comme toi, mais bon, qui ne tente rien n’a rien… Donc voilà… Élias Villederain, accepterais-tu de m’épouser?

Il n’est plus que surprise et joie mêlées. Partagé entre le rire et les larmes, il me fait oui de la tête et réclame mes bras. Je le reprends prestement contre moi. Il se cache dans mon cou. Je n’en mène pas large non plus.

— Alors, c’est vrai? Tu veux bien?

— Tu es fou, mais oui, fait-il d’une voix étouffée par notre étreinte.

Puis, il m’embrasse le visage, la bouche, les yeux, me serre, me sourit, me regarde, me serre à nouveau. Je n’en reviens pas. J’étais loin d’imaginer que l’idée du mariage lui fasse cet effet. Je m’attendais plutôt à une réponse hyper mitigée, du style: « Écoute, Justin, le mariage, c’est bien joli, mais très peu pour moi… » C’est la première fois que je le vois dans cet état. Ça lui va super bien. Comme quoi, je me trompais. Il y a encore des choses susceptibles de le bouleverser. Quelque part, je crois que ça me rassure.

— Tu vois que tu es sensible à certaines conventions sociales, dis-je.

— Apparemment oui, fait-il en s’essuyant les yeux. Je t’avoue que j’en suis le premier surpris…

Je l’aide à sécher ses larmes. Je ne sais plus quoi dire tellement je suis heureux. Il se reprend un peu.

— Je ne pensais pas que tu aurais envie de t’engager sérieusement avec moi, dit-il. Surtout après ce break forcé.

— Je ne peux pas me passer de toi, Élias. Je suis malheureux sans toi. Vraiment.

— Je me suis tellement souvent entendu dire l’inverse, dans ma vie… Ça me fait drôle.

— On ne t’a jamais demandé ta main?

— Non. Jamais. Pas même la vie commune… Qui aurait voulu s’unir à un déglingué? J’ai toujours été trop effrayant pour qu’on veuille faire un bout de chemin avec moi.

— Tu n’es pas effrayant. N’importe quoi.

— J’ai beaucoup travaillé à l’être moins…

— Au fait, tu sais, c’est plus qu’un bout de chemin que j’ai envie de faire avec toi.

Une nouvelle vague d’émotion lui remet les larmes aux yeux et lui coupe la parole. On s’étreint. Il se remet à pleuvoir un peu mais on s’en fout. Le soleil de fin de journée darde ses rayons dorés en même temps. À tous les coups on va avoir droit à un arc-en-ciel.

 

FIN

 

> ÉPILOGUE

Publicités

8 réflexions sur “26/ Élias de Bonpassant – Complétude

  1. Oups….je viens de lire trois petites lettres auxquelles je ne m’attendais pas du tout…….mon ptit cœur qui s’était envolé gonflé à l’hélium des amoureux Elias et Justin……a pris un sérieux coup de vent……..pourtant , je te promets…j’ai été super sage, j’ai attendu tous les mois les aventures des Misters de Bonpassant…..je pensais que tu alllais nous faire une saga….il y a pleins de secondaires qui m’ont plu ……mais tu as raison, il faut penser aux vacances, se vider le cerveau, laisser d’autres histoires et d’autres personnages venir à l’abordage de ton imagination littéraire. Quoique tu fasses et que tu écrives, tu nous enchantes, tous autant qu’on est….prendre son temps, trouver sa respiration….et juste savoir que l’on est qlq uns à aimer te lire……
    Bel été
    Bibi tous doux
    Ella

    Aimé par 1 personne

    • Merci Ella. Cette histoire, je l’autoéditerai. À ce moment-là, sans aucun doute, je la remanierai. Ça fait presque un an que je vis quotidiennement avec ces deux garçons et tous les autres personnages. J’ai envie de les laisser respirer. Et j’ai encore un épilogue à concocter.
      C’est vrai qu’une véritable saga est tentante, mais j’aime encore trop le changement pour me lancer dans un travail au si long cours. Si je ne faisais qu’écrire, je ne dis pas, mais, hélas, ce n’est pas le cas.
      Un grand grand merci, en tout cas, de m’avoir suivie et encouragée tout ce temps. Ça compte beaucoup pour moi. ❤

      J'aime

  2. Fini. 😦
    Mais toutes les bonnes choses ont une fin, et il reste encore l’épilogue à venir.

    Je ne suis pas particulièrement favorable envers la reproduction des chats chez des particuliers. Les gens laissent les femelles faire des petits sans forcément penser aux conséquences, alors que les refuges croulent sous le travail et la surpopulation féline. Mais au moins, on sait que les chatons de Luciole seront très bien traités, d’autant qu’Élias n’a pas l’air de vouloir en faire un business.

    La nouvelle vocation de Justin semble se confirmer, et il commence à raison à se renseigner sur les filières existantes. Il a la motivation, donc il ne fait aucun doute qu’il y parviendra. D’autant qu’il est très bien entouré. Il a enfin compris qu’il n’est pas tout seul, et peut compter sur les autres.

    Puis le jour du retour d’Élias arrive, et toute la bâtisse semble se préparer discrètement à célébrer son retour, à commencer par Justin qui ne tient plus en place et cherche à s’occuper par tous les moyens. Et finalement Élias arrive, un peu plus tôt que prévu pour faire la surprise à Justin. Et le temps semble s’être arrêté pour lui, qui savoure ce grand moment de soulagement. Mais Élias reste égal à lui-même, et parvient à discuter avec Ida en ne laissant rien paraître de son empressement à rester seul avec son compagnon. Finalement Ida s’éclipse, et nos deux amoureux peuvent se sustenter l’un de l’autre. 🙂

    C’est assez amusant de voir que Justin ne peut pas s’empêcher de s’excuser toutes les 30 secondes. Il a beau essayer de faire au mieux, il ne peut pas s’en empêcher. x)
    Un gros câlin plus tard, le temps des confidences arrive et Justin essaye cette fois de ne pas parler trop vite, en réfléchissant bien aux conséquences de ses paroles. Il admet finalement qu’Élias a parfois besoin de ces longues pauses, et qu’il ne doit pas le prendre pour lui en arrêtant de vivre.

    Puis finalement, Justin admet qu’il n’a pas su gérer la solitude affective auquel il n’était pas habitué. Et qu’il est allé trouver le réconfort dans les bras de David, pour combler provisoirement ce manque. Et Élias le prend plutôt bien. Il a une conception de la fidélité qui me plaît bien, en considérant que David ne représente pas un danger pour leur couple. Ce qui est effectivement le cas. Mais il admet aussi qu’il ne reste qu’un homme, et que ça ne lui fait pas forcément plaisir d’imaginer Justin dans les bras d’un autre. Mais pour lui, c’est très vite oublié.

    On ne sait pas si il s’est décidé sur le moment ou si c’était prémédité, mais Justin finit par demander Élias en mariage, chose spontanément acceptée par ce dernier. Comme quoi, le rejet des conventions sociales n’empêche pas d’avoir une certaine idée de la relation amoureuse. C’est quelque chose de très intime au fond de l’âme des gens, qui ne répond à aucune règle.

    On ne peut que souhaiter le meilleur à ce charmant couple. Un couple délicieusement imparfait, avec ses aspérités, ses doutes, ses erreurs et son avenir qui reste encore incertain. Avant d’être de simples personnages de fiction, ils sont avant tout très humains, avec tout ce que ça implique.

    Bref, encore merci pour ce superbe récit ! 🙂

    Aimé par 1 personne

    • Merci d’avoir suivi et commenté l’histoire, John !
      Tu me croiras si tu veux mais moi non plus je ne sais pas si Justin a prémédité ou pas sa demande en mariage. Avec lui, on peut imaginer que ça vient de lui traverser l’esprit! Va savoir! Il est un peu foufou parfois. 🙂

      J'aime

  3. Pas de nouvelles depuis le 6 juillet…. j’espère que vous allez bien et que vous avez passé de bonnes vacances. Je m ‘étais attaché à vos personnages : pendant un an j’ai attendu chaque nouveau chapitre avec impatience et je vous en remercie. Vous ciselez de tellement jolies phrases!!!

    Aimé par 1 personne

    • Bonjour ! Je vais bien !
      Je pense à écrire l’épilogue bientôt et a faire une petite annonce pour expliquer mon travail en cours (la réécriture de mon roman Matteo).
      Merci pour ce gentil commentaire. 🙂

      J'aime

  4. Quelle fin magnifique ! Pour un peu j’aurais versé une petite larme aussi, c’est si beau de lire l’émotion d’Élias et la joie de Justin. L’amour que ces deux là se portent fait un bien fou, ça nous éclabousse au passage de quelques gouttes de bonheur. Cela me rappelle un proverbe : « Le bonheur est comme un parfum, il est impossible d’en asperger les autres sans en recevoir soi-même quelques gouttes. » Je ne sais plus qui en est l’auteur …
    Je garde la lecture de l’épilogue pour un autre jour, pour faire durer le plaisir ^^

    En tout cas merci pour cette superbe histoire, pour ces personnages attachants qu’on n’a pas envie de quitter et pour la joie d’avoir passé quelques mois à Bonpassant (sorte de locus amoenus) par procuration !

    Aimé par 1 personne

Laisser un petit mot :)

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s