Bientôt, Matteo…

Chers lecteurs,

Je prépare actuellement le livre « Matteo, ma seconde vie ». Certains parmi vous connaissent peut-être déjà l’histoire de Christian Legardien et de son beau pianiste, Matteo Nannetti, que j’avais éditée par bouts sur mon ancien blog. Je retravaille le texte de ce roman, le remanie, l’allège de certains passages, en développe d’autres, y ajoute les chapitres qui manquaient, etc. C’est un gros travail, et je n’avance malheureusement qu’à petits pas, faute de temps. Pas de date de sortie du livre pour l’instant.

Parallèlement, une nouvelle histoire inédite émerge dans ma cervelle. Pour l’instant, je fais tranquillement connaissance avec mes personnages, leur vie, leur caractère. Mon imagination les regarde vivre, des scènes surgissent, des dialogues, mais ces éléments ne font pas encore une histoire cohérente et construite… J’adore cette période de maturation qui n’appartient qu’à moi ! Je serai en mesure d’écrire un premier chapitre, ici même, quand tout cela sera mûre. J’ignore quand… Donc patiente !

En attendant, voici l’intro de Matteo (je mettrais sans doute d’autres extraits de temps en temps)…

 

Je médite au salon, dans le calme de l’heure, en savourant un troisième whisky. Je suis seul à la maison, sans femme ni enfants. Ça n’arrive pas si souvent… Claudia est au cinéma avec sa chère amie Renée. Bastien, quant à lui, s’est rendu à l’anniversaire de Ludo et reste dormir chez lui. La nuit m’enveloppe et m’anesthésie en même temps que l’alcool aux ineffables et foisonnants arômes. Pourquoi ai-je le sentiment d’être à la fin de quelque chose ? C’est comme si j’étais arrivé. Arrivé où ? Je n’en sais trop rien. Aux buts que je m’étais fixés sans doute… J’ai accompli ce que j’avais à accomplir. J’ai toujours tout fait comme on m’avait dit de faire, et j’ai eu raison puisque cela m’a réussi. Mais, maintenant ? La cinquantaine se profile. Je me sens vieux. Je me sens comme au bord d’un grand vide. Sujet au vertige comme je suis, j’y plongerais bien… Je souris comme un imbécile. Il a le visage de Matteo, ce grand vide… J’aurais mieux fait de me casser une jambe le jour où j’ai donné mon accord à Claudia pour qu’il vienne s’installer chez nous. Je ne serais pas dans cet état minable. Mais après tout, ce jeune homme est son neveu. Pourquoi aurais-je dit non ? Sur ces pensées stériles, j’avale une gorgée supplémentaire du nectar ambré.

Quelqu’un entre par la cuisine. C’est lui. Je le sais à la manière dont la porte se referme sans bruit. Bastien et Claudia ont la même fâcheuse habitude de la claquer, et Flo étant absente, la déduction est aisée. Mon rythme cardiaque s’emballe. Je ne bouge pas. J’aimerais qu’il se croie seul un instant pour l’espionner.

— Il y a quelqu’un ? lance-t-il.

Je suis bien obligé de répondre… Tant pis.

— Je suis là.

— Bonsoir, Christian. Tu restes dans le noir ? Je te dérange, peut-être ?

— Non, non, pas du tout. Allume si tu veux.

Il n’actionne que la petite lampe japonaise, sur la commode, sans doute pour ne pas m’éblouir. Je reconnais bien là sa délicatesse. Son expression me frappe. Où donc son inébranlable jovialité est-elle passée ? Il ôte son manteau et l’accroche au cintre du vestibule.

— Tout va bien ?

— Bof… Journée compliquée, soupire-t-il.

— Je te sers un verre ? Un bon whisky Écossais, du Aberlour quinze ans d’âge, ça te tente ?

— Ce n’est pas de refus. Merci.

Je m’empare d’un verre dans la table-bar, juste devant moi, y verse un doigt du breuvage à soixante degrés, et le lui tends alors qu’il me rejoint sur le canapé.

— C’est horrible, j’ai une de ces envies de fumer, fait-il en croisant les jambes.

— Ne me tente pas. Moi aussi je m’y remettrais bien, en ce moment.

— Non, il ne faut pas replonger. Ça serait trop bête.

— Contentons-nous de boire, dis-je en l’invitant à trinquer. Dis-moi ce que tu penses de cette merveille.

Il hume les parfums du Single Malt, puis le goûte, concentré.

— Je ne suis pas un fin connaisseur, loin s’en faut, mais, mm… Fameux, en effet ! fait-il en soulevant son verre, avec ce sourire incomparable qui me fait tant souffrir.

— N’est-ce pas ? Je n’ai pas été très généreux, je t’en ressers un doigt ?

— Allez, je n’ai pas envie d’être sage ce soir.

— Et nous sommes entre hommes, va. Claudia déteste me voir un verre d’alcool à la main. J’en profite honteusement quand elle n’est pas là.

Il remue son whisky d’un mouvement de poignet circulaire presque imperceptible et s’absorbe dans sa contemplation. Ses belles mains de pianiste solides et soignées me captivent.

— Dis-moi, Christian, je voulais te demander… Je… j’en profite qu’on est tous les deux. Comment dire ? Ça ne t’ennuie pas que je vive chez vous ? Je ne sais pas si je me fais des idées, mais je te sens un peu tendu, parfois, avec moi. Non ?

Tendu ? Pour être tendu, certes, je le suis, mais sûrement pas pour les raisons qu’il imagine. Je suis donc tellement transparent ? Je croyais que seule Claudia avait perçu mon malaise. Je me demande pourquoi je me casse encore la tête à cacher ma confusion et à faire semblant que tout est normal. Depuis que le jeune homme vit parmi nous, depuis deux mois maintenant, je me suis menti à moi-même, pas longtemps cependant, et pour cause, puis j’ai menti à ma femme, à mon fils et à l’intéressé lui-même, Matteo, le radieux, l’ingénu Matteo… Mais le piège est refermé, et l’angoisse s’est immiscée. Je culpabilise et, mon Dieu, je me sens vivant comme on peut se sentir vivant lorsque l’on souffre. Je ne me souviens pas avoir jamais eu aussi mal. Sauf quand Maman est morte, peut-être. Mais il s’agissait de deuil. Il est naturel de pleurer lorsqu’on perd un être cher. Ce que je ressens aujourd’hui n’a rien à voir. Je ne me reconnais plus. Mes repères habituels ne me rassurent plus et, même, me pèsent. J’aime poser mes yeux sur lui, j’aime tellement le savoir tout près… Mais je ne parviens pas à apprivoiser cette blessure de la frustration qui me taraude sans relâche. La tension en moi est continuelle et m’épuise, immaîtrisable. Je fais l’amour à ma femme en pensant à lui. Je me dégoûte et j’ai peur. La faute à l’alcool, sans doute, mais je me mets à rire bêtement.

— Ça ne va pas fort au boulot, en ce moment, c’est tout. Je suis un peu démotivé. J’ai un petit passage à vide. Ce sont des choses qui arrivent. Rien à voir avec toi, donc. Non, c’est très bien que tu sois là, au contraire. La maison semblait tellement vide sans Flo.

Il me fixe, me sonde, avec une telle insistance que mon cœur s’emballe. Il ne me croit pas. C’est évident.

— Il y a des périodes comme ça, murmure-t-il.

— Ça n’a pas l’air d’aller fort, toi non plus, aujourd’hui…

— Oh, rien de dramatique, mais… J’ai eu une conversation éprouvante avec Ludmila.

Il laisse aller sa tête en arrière un instant, sur le dossier de cuir, l’air un peu perdu – ça lui va bien aussi la déprime – puis savoure une nouvelle gorgée d’alcool.

— Vous formez un très beau couple elle et toi. C’est vrai que je ne vous ai pas vus ensemble souvent, mais quand vous êtes au piano pour vos quatre mains, vous semblez en osmose. Vous ne vous êtes pas séparés au moins ?

— Séparés ? En tant que partenaires de scène, tu veux dire ?

— Non, en tant que couple.

— Mais, nous n’avons jamais été en couple.

— Ah ? Ah, bon ? Je croyais, dis-je, ahuri par la nouvelle.

— C’est bien le problème : c’est ce qu’elle aimerait. C’est vrai qu’on est proches. C’est mon amie, et je tiens beaucoup à elle, mais…

— Tu n’es pas amoureux.

— Eh, non. Maintenant qu’on a percé l’abcès, elle et moi, j’ai peur que notre duo en pâtisse.

— Tu dois en briser des cœurs.

— Pourquoi tu dis ça ?

— Pour… Pour rien… C’est hors de propos. Excuse-moi. J’entame mon quatrième verre et je commence à être ivre. Je dis n’importe quoi.

C’est vrai que l’alcool me monte à la tête. C’est agréable. Mes inquiétudes faiblissent, s’éloignent. Il m’observe, mi-figue mi-raisin. Je lui souris. Plus rien ne me semble grave. Je suis heureux de notre proximité inhabituelle. Je sens même son parfum.

— J’ai envie de t’embrasser, m’entends-je prononcer distinctement.

Cela fait des semaines que ces mots me hantent et que je m’évertue à les enfouir hors de portée de ma conscience. C’était bien la peine… Maintenant, voilà, il sait. À mon grand étonnement, il n’a pas l’air choqué. Il reste seulement interdit. Son attention passe de ma bouche à mes yeux et de mes yeux à ma bouche… Puis, il se trouble. Il déglutit, considère un point fixe, sur le tapis. Je n’ai réussi qu’à le mettre mal à l’aise. Bravo. Je pourrais tout aussi bien me mettre à pleurer, mais je choisis de rire. Je suis à la limite de me trouver dans cet état d’ébriété où l’on ne se soucie plus de conserver sa dignité.

— Quand je te dis que je suis saoul ! Hé, hé !

Il boit son Aberlour cul sec. Quel gâchis ! Un si bon cru, un breuvage hors de prix à siroter en méditant sur le sens profond de la Vie. Il accuse la brûlure du breuvage puissant avec une grimace, puis reste là, comme fasciné par son verre vide. Il le fait pivoter entre ses doigts. Je n’ai plus de scrupules à le fixer ouvertement. J’admire son profil, son regard brillant, ses lèvres… Je pourrais le regarder des heures. Vraiment. Des heures.

— Excuse-moi. Je ne voulais pas t’embarrasser. Je… Je n’ai pas les idées très claires, en ce moment. Beaucoup de choses me travaillent.

Il se concentre à nouveau sur moi, me dévisage à s’en crever les yeux. Il est si grave, tout à coup. J’aimerais tant déchiffrer son mutisme. Il me semble que notre face-à-face silencieux dure une éternité. La distance entre nous est si faible. Contenir mon envie de le toucher me met au supplice.

— Tu ne dis rien ? m’entends-je murmurer.

Dans le consentement de son silence, j’approche ma bouche de la sienne. Il aurait le temps de reculer ou de me repousser, mais il ne bronche pas. Se pourrait-il qu’il veuille la même chose impensable que moi ? C’est la faute à l’alcool, et ce n’est pas si grave, allons… Je suis maintenant si près de lui que la chaleur de son souffle m’atteint. Quand je me trouve à la limite de le frôler, je m’immobilise. Déjà, parce que je suis terrifié, mais également parce que j’aimerais que lui aussi fasse un bout du chemin. Sa respiration est plus ample et précipitée. Il hésite. Son trouble m’enhardit. Je me décide, je le touche. Sa bouche accepte la mienne. Et pas qu’à moitié, non. Ses lèvres me reçoivent généreusement, complètement, s’ouvrent, m’invitent, se pressent. Le souci des conséquences éventuelles s’évapore. J’y réfléchirai plus tard, quand je serai sobre à nouveau, quand la raison aura repris ses droits. Il inspire d’une manière vibrante, intense. Malgré l’ivresse, je capte la plus infime onde de son émotion et de sa tension, miroir des miennes. J’en suis électrisé des pieds à la tête. Le baiser devient âpre. J’ai ma main à cheval sur sa mâchoire et son cou. Je sens son poil ras qui accroche ma paume et son pouls qui bat. Il me laisse sa langue, et plus il me la laisse, plus je la veux. Je bascule dans un flot d’espoir. Ce baiser inespéré, miraculeux, ce baiser dont je rêve nuit et jour depuis son arrivée sous notre toit, ce baiser intense et interminable dépasse mes fantasmes et m’affame. Il ne me suffira jamais. Je ne me souviens pas avoir jamais ressenti un désir sexuel aussi violent.

Lorsque nous nous interrompons pour nous regarder, je ne saurais dire lequel de nous deux est le plus bouleversé. Apparemment, il est aussi désemparé que je le suis. Il a toujours ses dix doigts farouchement serrés autour de son verre vide. Moi, j’ai toujours ma main sur sa joue. Je n’ai jamais embrassé ainsi, avec cette agressivité, ce jusqu’au-boutisme. Jamais. Ni mes petites amies de jeunesse, ni Claudia. Une érection incroyable, douloureuse, me tient. Je me demande s’il est dans le même état. Je me prends à l’espérer. J’aimerais glisser ma main sur lui afin de le vérifier, jusqu’à ce but qui m’obsède, mais je n’ose pas. Il se lève précipitamment

— Merci pour le verre, fait-il. Je… Je dois te laisser.

Il sort de la pièce. Le charme se rompt. Je reste seul avec mon désir et ma stupeur. J’ai mal et j’ai honte. J’ai tellement honte. Qu’est-ce que j’ai fait ?

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12 réflexions sur “Bientôt, Matteo…

  1. Je ne connais pas cette histoire……mais , où que tu ailles, je me fais une joie de suivre à nouveau ton imagination……..
    Il a bien de la chance ton Christian…..j’aimerais être anesthésiée comme lui, par l’alcool et la nuit….moi, ça me fait plutôt l’effet inverse, le jour et la sobriété sont .de puissants anesthésiants …..la nuit et quelques verres font venir à la surface, avec une acuité surprenante, toutes mes angoisses et mes doutes , mais aussi tous mes enthousiasmes et mes réflexions sur toutes les choses qui me soucient…….
    Il me semble également que le vide que Christian ressent l’amène au vertige qu’il redoute et qui l’angoisse……et Matteo, je pense, ne représente pas le vertige du vide , mais un autre chemin….angoissant, vertigineux( parce qu’il ne s’y est jamais aventuré) et incertain…..mais également tellement attirant, un chemin avec un tout petit sentiment d’espoir , chaud , rouge comme le désir….qui mène notre vie à tout un chacun…….il est terrifié et mal , pas parce qu’il y a du vide, mais par la force de çe qu’il ressent et qui ne lui semble probablement pas approprié dans sa vie et sa position d’homme fait et engagé dans une vie de famille conforme aux codes établis dans notre société …(dans ton paragraphe suivant, tu nous décris les sentiments violents et puissants qui le traversent……c’est très loin du vide ).et puis l’histoire vieille comme le monde du vieux type troublé, attiré par la jeunesse d’une peau, le feu sacré d’une jeune âme….retrouver un second souffle au travers d’une jeune vie…..expérience et maturité en sus! Mais comme je les comprends…o combien!
    Toussa toussa pour te dire avec bcp d’humilité qu’il me semble que ton 1 er paragraphe n’est pas assez abouti et travaillé….(oulala…j’en rougis d’avance de te dire ça….pardon mille fois😬)
    J’aime,beaucoup la confrontation des deux dans le paragraphe suivant, on les sent traversés par des émotions intenses, troublantes….tu nous montres bien un Christian, légèrement désinhibé, qui a vu le chemin depuis deux mois et qui s’y engage avec beaucoup de prudence et un Mattéo, surpris mais intéressé, troublé, parce que lui ne s’est pas encore autorisé à envisager le chemin…..parce qu’il lui semblait inexistant….et, à ce moment là, ils se rendent compte de la force de ce qui les poussent l’un vers l’autre….on ressent bien leur surprise…pour ne pas dire leur stupeur !
    Hum, pleins de bonnes choses à venir…je le sens
    Bibi Miss
    Ella

    Aimé par 1 personne

    • L’histoire de Chritian et Matteo est l’une de mes plus anciennes histoires (j’ai dû l’écrire il y a plus de 10 ans, je ne sais plus). Le premier, la quarantaine bien sonnée, vie rangée, découvre son homosexualité et s’émancipe au contact du second, Matteo, la jeune trentaine, magnifique, pianiste virtuose… Cette petite scène d’intro – passablement alcoolisée, ^^’ – se contente de poser l’ambiance et d’esquisser les deux protagonistes principaux. Dans cette scène, le narrateur est dans un état émotionnel qu’on pourrait qualifier de « limite ». Il se sent sur un fil… Matteo arrive, et voilà, il perd l’équilibre et tombe…
      Ils vont aller loin tous les deux, bien plus loin qu’ils ne se doutent ! Je préviendrai ici-même de la sortie du livre. D’ici là, je mettrai d’autres passages, je pense…

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  2. Ahhh j’avais adoré cette histoire ! C’était la première histoire que j’avais lu de toi et elle m’avait pris aux tripes. Un très beau couple et une histoire intense de part les différents obstacles de la vie des deux personnages.
    Je serais au rendez-vous pour l’avoir quand tu le publieras 😀

    Aimé par 1 personne

  3. Bonjour Chère Cécile
    J’espère que tu tu vas bien
    Je viens vers toi pour te demander un conseil !
    J’ai un Ami intime qui écrit des poèmes.
    Il déjà un recueil qui est prêt et qu’il voudrait faire éditer à compte d’auteur à quelques centaines d’exemplaires
    comme ça ne peut pas se faire avec un éditeur traditionnel
    j’ai pensé que c’était possible par internet
    je pense que toi qui a édité tes nouvelle en édition papier, tu pourrais me donner des conseils sur la marche à suivre et les contacts d’opérateurs sérieux avec lesquels tu travailles.
    Merci à l’avance
    Amicalement bises
    Marc

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  4. Merci pour ces quelques nouvelles, j’ai hâte d’avoir le plaisir de relire ce Matteo retravaillé, je ne doute pas que ça en vaudra la peine ! D’autant que c’est l’un de tes récits que j’apprécie le plus. 🙂

    Bon dimanche à toi ! 🙂

    Aimé par 1 personne

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