Matteo (extrait 2)

Ma passion pour Matteo me dépasse. Découvrir à quarante-sept ans ce qu’est la passion c’est comme une anomalie… Une catastrophe… J’aurais préféré que des sentiments et un désir de cette force demeurent hors de ma réalité, dans les pages d’un livre, par exemple, ou dans le scénario d’un film. Il a fallu que ce cataclysme me tombe dessus, moi, bourgeois sans histoires, attaché de recherches cliniques manager émérite, mari aimant et papa gâteau… Moi qui n’ai jamais rien demandé, qui n’ai jamais rien espéré de plus que la paix en famille et les joies simples du quotidien. Mais, force m’est de le constater : tout ne se contrôle pas. Ma famille, mon boulot et mes passe-temps, jardinage, lecture, musique classique, tout s’est mis en retrait derrière le magnétisme irrésistible qu’exerce sur moi le jeune homme. Il a activé quelque chose d’extrêmement puissant. J’ai mis des semaines avant d’oser formuler consciemment ce quelque chose. « Christian, mon vieux, tu es un homosexuel refoulé », voilà ce que j’ai le courage d’admettre, désormais. Il suffit que je regarde Matteo pour qu’un flot de pensées brûlantes me submerge. Je me vois le dénuder, le toucher, le faire jouir… Dans ces conditions, le déni est tout simplement impossible. Je n’ai strictement aucune prise sur ce processus. Aucune douceur, aucun apaisement d’aucune sorte, ne vient compenser l’effroi où cette situation me plonge. Même mon plaisir à côtoyer l’objet de mon désir n’atténue pas ma détresse. Au contraire, ce bonheur secret s’accompagne de bien trop d’angoisses et de frustration.

Je sais déjà que la bête, en moi, n’a besoin que d’un signe de lui pour se libérer, parce qu’il est son maître. Je me demande à quel point il sait qu’il me tient en laisse. Depuis notre baiser, je suis encore plus perdu… J’ai déchiffré tant d’émotions en lui quand je me suis approché. J’ai bien cru que… Il faudrait qu’il s’éloigne, qu’il s’en aille. Sans doute est-ce là l’unique solution pour que le fauve en rut que je sens gronder en moi, en sa présence, retourne d’où il vient, c’est-à-dire dans l’obscure tanière de mon inconscient. Mais, ce garçon est devenu trop important. Il éclaire ma vie de son aura. J’ai l’espoir de tellement plus avec lui… C’est lui qui détient la clé. Le voir partir me terrasserait. Où est l’issue, alors ?

— À quoi tu penses comme ça ? Tu as l’air parti à des années-lumière.

Claudia, bras croisés, se tient dans l’embrasure de la porte, son sécateur à la main. Je me demande depuis combien de temps elle m’observe ainsi.

— À rien, ma chérie, à rien, dis-je en m’extirpant du fauteuil. On appelle Flo ?

— Bastien ! On appelle ta sœur. Descends, s’il-te-plaît !

— J’arrive ! entend-on d’en haut.

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