Matteo (extrait 3)

« Il me considère avec tendresse, me caresse le visage.

— Allons, ne fais pas cette tête, Christian. Tu es trop mignon. Rien de grave n’est arrivé. Tu as fait oublier son chagrin à Gaël le temps de lui offrir un peu de plaisir. Et après ? Qu’est-ce que ça peut faire ?

— Comment ça, qu’est-ce que ça peut faire ? dis-je, éberlué. Le mot « infidélité » t’évoque-t-il quelque chose ?

Il soupire, entre indulgence et lassitude, comme si j’étais un enfant à qui on va devoir réexpliquer une énième fois un concept pourtant simple. Ça a le don de m’exaspérer.

— Moi aussi je tiens à Gaël, et j’aurais sûrement été bien plus loin avec lui à ta place.

— Je rêve ! C’est censé me rassurer ce que tu me dis là ?

— Sors donc un peu de tes vieux schémas judéo-chrétiens. Tu as simplement écouté ton cœur.

— Tu parles, dis plutôt que c’est mon désir sexuel que j’ai écouté ! J’ai cédé à la tentation.

— Tu vois, tu te mets à parler comme la Bible ! Arrête avec ça. Tu ne vis plus avec Claudia mais avec moi.

— Justement, on forme un couple toi et moi et…

— Bien sûr, mais on ne s’est pas juré fidélité, ni devant un prêtre ni devant monsieur le maire. On n’a pas signé de contrat, on ne s’est passé ni bague au doigt ni menottes aux poignets ! Tu sais parfaitement ce que je pense de tout ça. On peut être un couple ouvert.

— Un couple ouvert ? Concrètement, ça veut dire quoi ? Qu’on peut tout se permettre ?

— On peut se permettre ce qui ne blesse pas l’autre. Ça reste à définir. Il faudrait qu’on discute des limites qu’on veut se fixer. En ce qui concerne Gaël, je me vois mal te reprocher de l’avoir réconforté.

— Parler avec lui aurait suffit, soupiré-je.

— Apparemment non. Tu lui as simplement donné ce qu’il voulait.

— J’ai peur qu’il ait pris trop de place dans notre vie.

— Dis plutôt que tu as peur d’aimer deux personnes à la fois.

— Évidemment ! C’est normal, non ?

— Et pourquoi ? Toi qui me répètes à l’envie que tu aimes encore Claudia, sois cohérent.

— Mais… Mais, ce n’est pas du tout pareil, enfin… Tu m’embrouilles là ! Tu ne m’aides pas du tout.

— J’essaye de te faire retrouver un peu d’objectivité.

— Je suis objectif !

— Tu en es sûr ? Moi, je crois plutôt que tu laisses parler ta peur et tes principes moraux périmés à la place de tes véritables sentiments. Très franchement, si tu apprenais qu’il s’en va demain pour toujours, ça te ferait quoi ? Gaël est fourré ici la moitié du temps. Il ne peut plus se passer de nous, ni nous de lui. Il t’apprend la cuisine, vient manger avec moi tous les mercredis à la Villette, passe ses dimanches soir avec nous. Néon est plus souvent fourré ici que chez lui… Tiens, d’ailleurs, ça me rappelle qu’il faut qu’on achète une litière…

— Tu veux qu’on adopte le chat de Gaël ?

— Mais non ! Je veux seulement lui permettre d’étendre son territoire. C’est lui qui a décidé de nous a adopter, sourit-il. Comme son maître.

Je me lève, me passe la main dans les cheveux, pars jeter un coup d’œil à la fenêtre, puis reviens sur mes pas, vers Matteo, aussi serein que je suis nerveux.

— C’est un peu trop pour moi, Teo, tout ça. Tu es en train d’essayer de me faire avaler l’idée d’un ménage à trois ou je me trompe ?

— Tout de suite, les grands mots ! Quelque chose de beau et de spontané circule entre nous : toi, lui, moi. Pourquoi tiens-tu absolument à enfermer cette entente dans une case ? Ça ne veut rien dire « ménage à trois »… Et, je ne veux te faire avaler aucune idée. J’essaye seulement de t’inviter à te débarrasser de tes clichés d’hétéro catho. Rien ne mérite d’être conservé dans cet héritage culturel. Crois-moi, je sais de quoi je parle.

— Hé, ho, toi aussi, vas-y molo avec les étiquettes, hein ! Est-ce que je te traite de libertin débauché, moi ?

— Christian… Je ne suis ni libertin, ni débauché, et tu le sais, alors que toi… Toi, excuse-moi, mais tu as encore de très beaux restes d’hétéro catho, je persiste et signe. Ce n’est pas un reproche, encore moins une insulte, juste un constat. D’ailleurs, soit dit en passant, je trouve ça terriblement sexy la plupart du temps.

— Tu m’énerves !

En réalité il ne m’énerve pas, il me désarme, et tout ce qu’il me décrète depuis tout à l’heure me fait peur. J’aurais bien aimé faire dégénérer cette discussion en dispute rien que pour ne pas avoir à subir tout ce qu’elle bouscule en moi, mais oublions cela… Pour s’engueuler il faut être deux, et Matteo se trouve à des années lumière de tout état d’esprit belliqueux. »

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2 réflexions sur “Matteo (extrait 3)

    • Bonjour Grima,
      Noël? Oui, je suis presque sûre que ça sera OK pour Matteo sur lequel je travaille en ce moment-même avec l’aide de mon relecteur, mais ça risque d’être juste pour Élias, par contre, sachant qu’on est déjà mi-novembre. Je manque de temps, hélas, puisque j’ai une vie salariée à 50h par semaine (transports compris). Je n’ai que les week-end pour écrire, donc je n’avance jamais vite. Et, éditer un livre suppose de le préparer (mise en page, réalisation de la couverture) ce qui est un peu long également. Je ferai une annonce officielle dès que je serai sûre de moi. Merci de votre intérêt 🙂

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